« 15 mars 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 74], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.848, page consultée le 26 janvier 2026.
Paris, 15 mars [18]72, vendredi, 3 h. du s[oir]
J’avais passé une mauvaise nuit, mon cher bien-aimé, et puis je me sentais si triste et si découragée ce matin que j’ai remis ma restitus à plus tard. Bien m’en a pris, mon grand adoré, puisque, après avoir lu dans Le Rappel ton speech aux ouvriers de Vianden1 et après avoir copié tes admirables vers sur Trochu2 que je ne connaissais pas, je me sens retrempée dans la force et dans le courage. Les effluves de ton génie sont pour mon âme, trop souvent assombrie, ce que l’hydrothérapie est pour ton corps fatigué3. Elles me rendent la vigueur et l’énergie qui voudraient déserter. Enfin, mon pauvre bien-aimé, j’espère que mes forces ne me trahiront pas avant ma tâche achevée. Quant à mon cœur, je sais qu’il ne lâchera pas prise, malheureusement je ne peux répondre que de lui. Suzanne a rapporté les mille francs de Hachette en un seul billet cette fois. Je crois que nous ne serons que toi et moi à dîner ce soir, ce qui me permettra de te parler un peu ménage. Il va falloir penser sérieusement à remplacer Henriette qui s’en va à l’expiration de son mois, le 7 avril. J’ai besoin sur tout cela d’en causer avec toi et je saisis le premier joint qui s’offre. Je ne te prie pas de me faire sortir puisque c’est impossible en ce moment. Dès que tu le pourras sans déranger ton travail, je crois que cela me fera du bien. Je t’aime.
1 Il s’agit [me semble-t-il] du texte recueilli dans Actes et Paroles (III, 1, 6, éd. cit., p. 814) sous le titre « Vianden » prononcé par Hugo à son arrivée au Luxembourg, après son expulsion de Belgique, en remerciement à la « société chantante des travailleurs de Vianden », La Lyre ouvrière, venue l’accueillir par une « sérénade ».
2 Sans doute le poème « Participe passé du verbe Tropchoir, homme… » (L’Année terrible, Juin, XVII)
3 La comparaison, qui assimile l’éloquence et la poésie de Hugo à un remontant spirituel, n’est peut-être pas aussi flatteuse que Juliette le voudrait.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.
- 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
- 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
- 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
- 16 marsActes et Paroles.
- 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
- 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
- 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
- 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.
