13 novembre 1863

« 13 novembre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 252], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7318, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon inépuisable doux adoré, bonjour avec tous les attendrissements de mon âme, avec tout l’amour de mon cœur, bonjour, je te souris, je te bénis, je voudrais mourir pour toi si ma mort pouvait ajouter un rayon à ta gloire ou un bonheur dans ta vie. Tu fais tout pour me rendre heureuse et je le suis au-delà de tout ce que tu peux faire si tu m’aimes. Le reste est le superflu splendide que tu me prodigues avec une générosité et une grâce qu’aucun des bons génies des légendes ne pourrait atteindre. Je ne t’en remercie pas, mon grand adoré, je t’aime, toute ma vie est dans ce mot-là : JE T’AIME. Me voici donc à la tête d’une seconde servante, hélas ! hélas !! hélas !!! autant qu’une créature peut déplaire à première vue, elle l’a fait à moi. Peut-être ai-je tort. Je désire avoir tort mais cette espèce de femme (une Rosalie bretonne) m’est particulièrement antipathique1. Je crains bien que ni moi ni elle puissions jamais nous entendre. Ma pauvre sœur a fait là, très obligeamment, un mauvais choix. Je serais bien agréablement surprise s’il en était autrement mais je ne l’espère pas. Justement les voici toutes les deux. Je finirai ma RESTITUS tantôt.

2 h. ¼ après-midi

Mon pauvre grand adoré, je n’ai rien à retrancher du premier paragraphe de ce gribouillis et rien à modifier dans celui qui précède celui-ci. Tout est dans le même état dans mon cœur pour toi et dans mon opinion sur cette très maussade Bretonne. Quant à ma sœur c’est une bonne vieille qui m’aime et que j’aime et voilà.

J.


Notes

1 « Mme Koch logera chez Mme Boutillier. Elle amène la nouvelle servante (nièce de Suzanne) qui se nomme Émilie. » (Agenda de Victor Hugo, 12 novembre.) Les lettres 55 et suivantes des Lettres familiales (édition Gérard Pouchain, ouvrage cité) évoquent la procédure de recrutement de cette nouvelle servante par la sœur de Juliette. La lettre 55 brosse son profil idéal : « 1°) probité à toute épreuve. 2°) sobriété, l’intempérance étant ici le péché mignon de toutes les servantes. 3°) propreté minutieuse jusqu’à la manie. 4°) savoir coudre le linge neuf et raccommoder le vieux linge, et exceller dans les reprises. 5°) être d’un âge (sans être trop vieille pourtant) et d’une figure à n’avoir pas, ou n’avoir plus d’amoureux. 6°) être d’une bonne santé et d’un caractère doux et facile à vivre, ma personne étant donnée et mes habitudes aussi. 7°) enfin, gages raisonnables pouvant s’accorder avec le chiffre de mon budget annuel. / Si tu peux trouver tout cela réuni dans une seule Bretonne, je te proclame d’avance digne de résoudre le problème de la quadrature du cercle et de la direction des ballons. » (Ibid., p. 138.)

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.

  • 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
  • 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
  • 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
  • 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.