« 22 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 77-78], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2357, page consultée le 24 janvier 2026.
22 mai [1836], 7 h. du soir, dimanche
Mon cher adoré, je suis au ciel depuis tantôt. Si tu étais venu, tu m’aurais pris
pour une folle. Et je l’étais d’amour et d’adoration. Je t’aurais écrit plus tôt si
je
n’avais pas été occupée à mettre toutes nos richesses à
l’abri, et puis après Mme Pierceau est arrivée avec son petit garçon. Je l’ai
reçuea tant bien que mal car j’étais
préoccupée de toi, rien que de toi. Enfin je n’y peux pas résister et avant de dîner,
il faut que je te donne mon cœur, mon âme, ma vie, comme si je ne t’avais pas tout
donné le premier jour où je t’ai vu.
Pauvre ami, est-ce que je ne te verrai pas
bientôt ? Est-ce que tu travailles ? Mon Dieu, je ne sais pas comment je fais mais
plus j’ai de bonheur et plus il m’en faut. Ce que tu m’as donné tantôt me ravit l’âme
et m’éblouit l’esprit. Mais toi tu es encore plus ravissant pour moi, tu es le bonheur
complet. Si tu allais ne pas venir tu ne pourrais pas m’empêcher d’être triste toute
la soirée et jusqu’à ce que je t’aie revu. Viendras-tu souper ? Nous n’avons rien et il m’a fallu improviser un dîner pour Mme Pierceau. Mais c’est égal, viens toujours et si nous
n’avons rien nous nous mangerons l’un l’autre. Je t’aime.
J.
a « reçu ».
« 22 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 79-80], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2357, page consultée le 24 janvier 2026.
22 mai [1836], dimanche soir, 9 h. ¼
Cher bien-aimé, je t’écris sous l’impression douce et triste de ta lettre ravissante
et de ton absence éternelle. J’ai là Mme Pierceau à qui je
n’ai presque rien dit de la soirée, tant j’ai l’esprit et le cœur préoccupés de toi.
Je voudrais savoir ce que tu fais, où tu es, et quand tu viendras. J’ai besoin de
relire tes sublimes vers, ce n’est pas la merveilleuse poésie que
je baise et que j’adore, mais tes paroles saintes,
tes paroles d’amour.
Mme K.1 m’a envoyé une branche
de papier. C’est très vilain, et très badoulard2. Mais qu’importe. Elle m’aurait envoyé le Pérou que tout aurait
été éclipsé par un seul des mots que tu m’as écrits aujourd’hui. Quanta à moi, mon pauvre ange, si je fais un
retour sur moi-même, j’ose à peine t’écrire. J’ai peur que tu ne trouves pas la perle dans cette boue, l’amour
sous cet esprit obtusb. Il faut que
j’oublie que tu es là, mon beau poète, il faut que je ne pense qu’à toi, mon amant.
Cher bien-aimé, c’est pour toi seul que j’écris. Je t’aime, je t’aime : dans ce mot-là
il y a ma vie, il y a mon âme, il y a le bonheur si tu m’aimes.
J.
2 À élucider. « Badoulard » est le nom de plusieurs personnages de comédie lourdauds et ridicules.
a « quand ».
b « obtu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
