22 avril 1845

« 22 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 85-86], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11926, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon Victor. Je t’aime. Je t’aime, entends-tu ? C’est-à-dire, j’ai du courage, de la patience et de la résignation pour t’attendre. Je sais que tu es occupé, je sais que tu es fatigué, je sais que tu es mon Victor adoré et je t’attends avec amour.
J’espère que tu auras eu ton costume pour aujourd’hui et que tu auras fait ton entrée solennelle à la Chambre des pairs1 ? Quand je dis tu auras, je veux dire tu feras, car ce ne serait que pour tantôt dans tous les cas. Je comprends l’impatience du roi et la tienne. Aussitôt pris, aussitôt pendu. À peine nommé, tu as des services à rendre à ton pays, des turpitudes à empêcher. Toutes choses qui te sont familières et que tu fais presque sans regarder. Ta vie et ta gloire sont faites de cela. Pauvre ange adoré, admiré et vénéré, je t’aime à genoux. Je viens de relire l’article du Journal d’Orléans2. C’est la meilleure réponse à faire aux stupides coasseries de La Gazette3 et aux cris de fureur impuissante et bavante du National4. Il me semble voir des crapauds vivants se tordant sur un gril ardent. C’est dégoûtant, révoltant et amusant tout à la fois. Pouah !
Quel beau temps, mon Victor ! Tu ne le remarques pas parce que tu n’en as pas le temps. Le ciel s’est mis de la partie pour te fêter. Ton confrère Apolloa célèbre ta promotion là-haut à sa manière. Moi, je la célèbre à la mienne en t’adorant.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo prête serment à la Chambre des pairs le 28 avril 1845.

2 Juliette Drouet évoque Le Foyer du Loiret, Journal d’Orléans du 17 avril 1845. La rubrique « Politique » consacre un article à Victor Hugo, intitulé « M. Victor Hugo, pair de France ». (voir note 2 de la lettre du 18 avril 1845, p. 823).

3 À élucider.

4 Juliette fait-elle référence à l’article d’Armand Marrast du 17 avril 1845 dans Le National où il s’exprime ainsi : « Saluez M. le Vicomte Hugo, pair lyrique de France ! La démocratie, qu’il a insultée, peut désormais en rire : la voilà bien vengée ».

Notes manuscriptologiques

a « Appollo ».


« 22 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 87-88], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11926, page consultée le 25 janvier 2026.

Si j’avais été prévenue, mon cher adoré, si j’avais pu seulement me douter qu’il y aurait une chance pour moi de sortir, j’aurais été prête, car rien ne m’était plus facile que de l’être plus tôt. Mais j’étais loin d’espérer un bonheur comme celui-là. Aussi j’en prenais à mon aise, à mon grand dam et grand regret à présent que je vois que j’ai manqué l’occasion de sortir avec toi et d’être à ton bras pendant le trajet d’ici à l’Institut1. Je ne suis pas chanceuse, mon Toto, tu le sais, et ceci en est une nouvelle preuve. Je crois même que pour mieux confirmer ma remarque, il va pleuvoir à torrent. Cela ne m’empêche pas d’aller chez Mlle Féau. Je ne veux pas manquer volontairement la chance de te voir une heure de plus dans ma vie. À propos, j’ai oublié de te demander jusqu’à quelle heure je devais t’attendre ? Si tu n’es pas venu à sept heures, je croirai que je peux revenir, car tu serais retenu pour toute la soirée probablement.
Je t’aime, mon Victor. Je t’aime, mon beau bien-aimé. Je t’adore, mon grand Victor. Je te le dis souvent et je ne te le dis pas encore autant que je le voudrais pour mon plaisir particulier, ni autant que je le sens. Je t’aime trop.

Juliette


Notes

1 Les séances de l’Académie française ont lieu tous les mardis et jeudis.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.