« 16 juin 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 137-138], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8572, page consultée le 06 août 2026.
Bruxelles, 16 juin 1852, mercredi matin, 8 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour je t’aime et vous ? Question indiscrète mais
à cette distance elle ne peut pas vous embarrasser, c’est pour cela que je vous la
fais sans scrupule.
D’ailleurs je réponds pour vous, c’est encore le meilleur parti : oui je t’aime ma
Juju. Oui, je n’aime que toi, oui, je te suis bien fidèle de corps, de pensée et de
cœur. Ne t’inquiète
pas de quelques apparences suspectes dans lesquellesa ma conscience ni ma volonté ne sont pour rien. Fie toi à moi, ma pauvre
bien-aimée, et je ferai de ta vie un bonheur à faire envie aux anges.
Ai-je bien interprété ta pensée et ton cœur, mon adoré bien-aimé et consens-tu à mettre
approuvé l’écriture ci-dessus pour copie conforme avec ta signature légale au bas ? C’est ce que tu me diras tantôt. D’ici là je me fais l’illusion bien
douce de croire que tu m’appartiens tout entier et je vis heureuse en t’attendant.
Cela n’empêche pas que je n’aie, chemin faisant, des ennuis de DOMESTIQUE. Toujours
ceux que tu
connais. Je t’assure mon cher petit homme qu’il nous sera bien difficile de garder
cette fille dont le service devient de plus en plus négatif et l’humeur impossible.
Quant à moi, si
j’étais livrée à moi-même, il y a déjà longtemps que je l’aurais renvoyée. Mais au
moment de partir à l’étranger je crois qu’il faudrait très sérieusement prendre un
parti à son sujet.
D’ailleurs, en la mettant en demeure de s’en aller ou de rester à condition de meilleur
service et de manières plus honnêtes, on aurait tout à gagner soit qu’elle s’en aille
soit qu’elle
reste. Réfléchis-y, mon Victor, ne recule pas devant l’ennui de t’occuper de cette
position qui devient de jour ne jour moins tolérable par les exigences de cette fille
qui se croit indispensable et qui finira par me devenir odieuse. Et puis je me rendrai à ton avis quel qu’il soit car avant tout c’est toi que je
veux contenter.
Juliette
a « lesquels ».
« 16 juin 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 139-140], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8572, page consultée le 06 août 2026.
Bruxelles, 16 juin 1852, mercredi après-midi, 1 h.
J’ai fait un heureux tout à l’heure et je ne dirai pas et n’ai pas voulu l’être, comme
certain personnage de l’Antiquité car Dieu sait que je ne demande que plaie et bosse
pour
M. Bonaparte et joie et bonheur pour nous. Tout cela veut dire que j’ai descendu ton
précieux autographe à M. [Hausman ?], lequel en a paru comblé. Du reste je ne doutais
pas de l’effet. Maintenant nous pouvons user de ses plumes et de son talent sur la
taille, tout le temps que nous serons en Belgique, y restassions-nous jusqu’à la fin
du monde1.
J’ai chez moi des gilets de flanelle de chez ton
chemisier. Tu les essaieras, ilsa ne sont pas très fins mais ils n’en seront que plus forts et puis, ils ne sont pas
très chers, 8 [illis.]
chaque. La flanelle a été bouillie pour l’empêcher de rétrécir au blanchissage. Voilà,
mon petit homme. Maintenant encore, je voudrais bien savoir quand vous viendrez pour
vous voir un
peu plus longtemps ce soir. Je me décide à aller au cours Rastoul Vous voyez que je suis capable de tout. En attendant je vis derrière mon
rideau avec votre pensée, ma douce et fidèle compagne. Mais pour que cette pensée
devienne joie et bonheur il faut que votre présence s’y ajoute de temps en temps.
Sans cela, mon adoré
bien-aimé, je suis triste et découragée et je n’ai plus de cœur à rien. Mais je ne
veux pas t’attrister toi-même mon pauvre sublime piocheur. Je veux au contraire te
sourire avec le
souvenir de mon bonheur passé et les espérances de mon bonheur à venir. Je te baise
d’emblée et sans le [illis.].
Juliette
1 Dès le mois d’avril 1852 Victor Hugo envisage de quitter la Belgique pour l’île anglo-normande de Jersey.
a « il ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
