« 21 août 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 253-254], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10223, page consultée le 26 janvier 2026.
21 août [1839], mercredi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon adoré, comment vas-tu ? J’aurai eu un PHAME nez de carton ce matin si j’avais cru dans vos FALLACIEUSES promesses de cette nuit. Mais ma confiance et ma crédulitéa sont épuisées et maintenant il me faut comme à saint Thomas que je mette ou que vous me mettiez le doigt dans la plaie pour que je croie à votre présence. J’espère que vous n’avez plus de distribution à assister ? Mais dans tous les cas je vous prie de ne pas y aller sans m’en prévenir parce qu’il n’est pas juste que vous m’imposiez toutes les tortures du [FARCERO DURO ?] pendant que vous jouissez de votre pleine liberté et que vous faites LA ROUE devant toutes les femelles de la ville et de la banlieue. Donnant donnant. D’ailleurs je vous fais la part assez belle pour que vous ayez pour ma propre jalousie les égards que j’ai pour la vôtre. Je suis très furieuse, entendez-vous ? Baisez-moi et gardez pour moi toute seule votre admirable beauté et votre amour qui fait ma vie et ma joie. Donnez à tous votre génie, j’y consens, mais n’ébréchez pas ma part pour des péronnelles qui ne peuvent pas vous aimer comme je vous aime. Baisez-moi. Il fait un temps ravissant ce matin, comme ça me ressemble au reste : il y avait juste hier un mois que je n’étais allée chez la mère Pierceau et dix jours que je n’avais mis le pied dans la rue, et il a fait un temps épouvantable, aujourd’hui que je ne peux pas sortir il fera très beau. C’est bien ça en vérité. Pourvu que le guignon n’aille pas durer pendant notre voyage ? Au petit bonheur, c’est-à-dire au grand. Avec vous, il fait beau partout.
Juliette
a « créduliter ».
« 21 août 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 255-256], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10223, page consultée le 26 janvier 2026.
21 août [1839], mercredi soir, 5 h. ¼
Quel charmant petit homme vous faites, mon Toto, et comme vous le savez bien. Il ne vous manque rien à vous, vous êtes complet. Si ce n’est pourtant l’amour que vous avez à l’état microscopiquea et peu palpable pour la femme qui vous aime. Nous verrons si cette infirmité disparaîtra en voyage. En attendant, je reste là à faire tourner mes pouces. J’ai eu la visite de Résisieux1 tout à l’heure, elle n’était pas revenueb depuis le fameux jour où elle avait rempli ma chambre de parfum et de fleurs. Aussi, aussitôt qu’elle est entrée dans ma chambre, elle s’est mise à pousser d’affreux cris et à verser des torrentsc de larmes sur le même parquet qu’elle avait si bien englué l’autre soir. J’ai eu toutes les peines du monde à la calmer. Enfin, un morceau de sucre en est venu à bout. Elle m’a dit que vous l’aviez embrassée… Si j’avais su cela, je vous aurais arraché plusieurs yeux pour vous apprendre à baiser des femmes quand je n’y suis pas. Que ça vous arrive encore et vous aurez affaire à moi. Je suis bien curieuse de savoir pourquoi cette belle toilette, ce ruban mi-partie2, cette barbe si bien faite, cette [illis.] si bien tirée et tout cet attifementd si coquet qui sent la trahison d’une lieuee ? Soyez tranquille, je vais me mettre en campagne et vous lâcher tous mes espions. TREMBLEZ ! En attendant, venez de bonne heure ce soir si vous pouvez car je vous ai à peine entrevu, mon beau soleil. Mon Dieu que je vous aime. Rendez-le moi un peu, mon petit homme, pour que je sois la plus heureuse des femmes comme j’en suis la plus amoureuse.
Juliette
2 À élucider
a « miscrospique ».
b « revenu ».
c « torrens ».
d « attiffement ».
e « lieu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
