« 26 février 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 105-106], transcr. Marie Rouat, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.135, page consultée le 27 janvier 2026.
26 février [1838], lundi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon cher petit bien-aimé. Comment vont tes yeux ? Si de les baiser mille et mille fois peuta leur faire du bien, tu seras guéri tantôt car je me propose de les bassiner avec mes lèvres. Mon adoré petit homme, je viens de lire ton adorable lettre et les 6 lignes ravissantes que tu as écrites sur mon livre rouge1. Que tout ce que tu dis est ravissant et juste, mon bien-aimé. Il me semble, chaque fois qu’il m’arrive de lire quelque chose de toi ou d’en entendre au théâtre, que c’est un plagiat de ce que je pense et de ce que je sens. Cela vient de ce que j’ai l’amour et toi le génie. Tu sais mieux ce qui se passe dans mon cœur que moi-même. Tu sais tout, toi, et tu dis tout admirablement bien. Je ne sais pas si je me fais comprendre, mais je sais que je veux dire qu’avec mon amour, si j’avais ton esprit, j’aurais écrit mot pour mot ta lettre d’hier et les quelques lignes qui sont sur mon livre. Jour, mon petit homme chéri. Jour onjour, mon adoré. Tu es à la répétition sans doute, mon Toto ? Et moi, pour te récompenser de tant de fatigue et d’ennui, je vais ne penser qu’à toi et t’adorer. À tantôt, mon cher petit homme. J’ai le cœur tout gros en t’écrivant ce mot-là. J’aimerais mieux dire à très tôt, à tout de suite. Je t’aime tant.
Juliette
1 Ces six lignes sont : « Hier, ma Juliette, notre bonheur a eu cinq ans. Cinq ans ! Les cinq plus belles années de notre vie. Comme ces cinq années ont passé vite, et comme elles ont été remplies de joies, d’émotions, d’épreuves, de caresses, d’amour ! Cinq minutes pour la rapidité, cinq siècles pour la plénitude ! » (Le Livre de l’anniversaire, édition de Jean Gaudon, ouvrage cité, p. 334). La lettre, quant à elle, la félicite pour ses « cinq années d’amour, d’abnégation, de dévouement, de résignation et de courage », et fait l’éloge des « charmantes lettres » qu’elle lui écrit tous les jours : « c’est mon trésor, mon écrin, ma richesse. Notre vie est là, déposée jour par jour, pensée par pensée. Tout ce que tu as rêvé est là, tout ce que tu as souffert est là. Ce sont autant de petits miroirs charmants dont chacun reflète un côté de ta belle âme. » (ibid., p. 101.)
a « peuvent ».
« 26 février 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 107-108], transcr. Marie Rouat, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.135, page consultée le 27 janvier 2026.
26 février [1838], lundi après-midi, 5 h. ½
Je passe un lundi gras bien maigre, mon adoré, car je ne vous verrai presque pas aujourd’hui. Votre répétition et les cent mille autres choses plus importantes que mon bonheur vous retiendront toute la journée loin de moi. Je n’ose pas être triste en dehors, dans la crainte que vous ne vous fâchiez, mais je m’en donne à cœur que veux-tu en dedans. Jour mon To, jour mon gros Toto. Si vous m’aviez aiméea la moitié autant que je vous aime, vous vous seriez arrangé pour dîner avec moi aujourd’hui car enfin c’est encore un anniversaire. Quoi que vous en disiez, c’est bien aujourd’hui que vous avez trente-six ans ! Vous avez la mauvaise foi de n’en pas convenir, mais moi je passe outre et je dis, j’affirme, que vous avez trente-six ans, et que je vous en aime trente-six millards de fois plus. Voilà mon système. Oui, je t’aime, mon cher petit homme. Oui, je vous aime, mon beau Toto, et cependant je suis triste dans l’âme. C’est que je sens que l’heure de la répétition1 est passée depuis longtemps et que tu ne viens pas. Oh ! Si c’était moi ! il y a bien longtemps que je serais dans tes bras et que nous serions heureux.
Juliette
1 Marion de Lorme est reprise à la Comédie-Française le mois suivant.
a « aimé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
