5 juillet 1846

« 5 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 205-206 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2296, page consultée le 06 mai 2026.

XML

Je t’attends mon doux adoré, et en t’attendant je pense à toi et je t’aime de toute mon âme. Je suis levée depuis 6 h. du matin, ce qui ne m’empêche pas de t’écrire bien tard comme tu vois. La faute en est au jardinier qui, étanta venu de très bonne heure pour faucher le gazon et pour arranger le jardin, m’a forcée de le surveiller pour être bien sûre qu’il ne ferait pas sa besogne sommairement. J’ai profité de sa présence pour faire remettre sa lettre à M. le curé1 par lui. Cela ne m’empêchera pas d’envoyer Eulalie ou Eugénie chez Mme Marre demain ou après, parce que je voudrais faire faire plusieurs réclamations que Duval n’aurait pas pu faire. J’écrirai tantôt à Mlle Hureau en lui envoyant des cheveux de cette pauvre bien-aimée et une fleur de sa couronne. Je tâcherai d’avoir ce courage.

5 h.

Tu es resté bien peu, mon Victor, et encore ce peu de temps ne m’a-t-il pas été donné tout entier. Cependant je suis reconnaissante et heureuse que tu sois venu écrire et lire auprès de moi. C’est déjà un bien grand bonheur que de te voir seulement. Quant au reste, c’est plus que du bonheur, c’est pour cela que tu me le donnes probablement à si petites doses. Cher petit homme adoré, mon Victor, mon doux bien-aimé, je t’aime. Je voudrais que ces mots-là : je t’aime te brûlent le cœur quand tu les lis car j’y mets toute mon âme. J’espère que tu reviendras avant l’heure de ton dîner, mon cher petit homme, je l’espère et je le désire autant que je t’aime. Dans ce moment-ci, Eugénie feuillette un livre que tu avais donné à ma pauvre Claire et dans lequel il y a trois dessins de toi sans compter la grande [Dessinb]2. Ceci a besoin d’une note explicative pour faire comprendre que c’est la grande Ourse et je vous la donnerai un autre jour, quand j’aurai plus de papier et le cœur moins plein de tendresse, d’amour et de baiser, c’est-à-dire jamais. Baisez-moi et venez bien vite.

Juliette


Notes

1 Dans son testament, Claire Pradier demandait à être enterrée à Saint-Mandé et que l’office soit célébré par le curé de la dite paroisse.

2 De quels dessins s’agit-il ? C’est ce qui reste à élucider.

Notes manuscriptologiques

a « qui est étant ».

b Dessin de la Grande Ourse :

© Bibliothèque Nationale de France

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.