« 21 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 289-290], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4795, page consultée le 26 janvier 2026.
21 mars [1846], samedi matin, 8 h. ¼
Bonjour mon aimé Toto, bonjour mon adoré petit homme, bonjour toi comment vas-tu ce matin ? Moi je vais toujours t’aimant de plus en plus. J’attends un bain ce matin qui me fait bien la mine de ne pas devoir venir assez à temps. Je suis très femme à m’en passer aujourd’hui quoique mes dispositions soient prises pour cela. J’espère, mon Toto bien aimé, que je te verrai un peu plus aujourd’hui que tous ces jours derniers ? Je ne veux pas te tourmenter, Dieu le sait, mais je t’assure pourtant que je suis à bout de mon courage et de ma patience. Si tu n’as pas de Chambre aujourd’hui, donne-moi la préférence sur ton travail et tes affaires. Hélas ! je n’y compte pas, ce sera une surprise bien surprise et bien agréable si tu fais cela mais, je te le répète, je n’y compte pas. J’attends avec ce découragement que donne l’habitude d’attendre sans succès. Nous verrons si je suis plus heureuse cette fois-ci que les autres. J’en doute, j’en doute, j’en doute. J’ai oublié de te rendre les billets des camélias, il est vrai que tu pouvais t’en procurer autant que tu voulais, quant à moi je n’ai même pas pu user de cet innocent passe-temps. Le sort ne m’est pas plus favorable dans les niaiseries que dans les choses essentielles de ma vie. Tout cela est vrai mais n’en est moins que drôle et j’aurais plus de grâce à ne pas les faire remarquer et à ne te dire que les deux mots qui surnagent sur tous ces ennuis : — je t’aime.
Juliette
« 21 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 291-292], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4795, page consultée le 26 janvier 2026.
21 mars [1846], samedi après-midi, 3 h.
Vraiment, mon bien-aimé, tu viendras me chercher tout à l’heure pour sortir ? Malgré
l’assurance presque formelle que tu m’en as donnée tantôt en me quittant je n’ose
pas
y croire encore. Je ne me réjouirai que lorsque je serai bien sûre de mon bonheur.
En
attendant, j’attends et je me défie malgré moi. Du reste je suis prête et archi-prête.
J’aurais pu même l’être quand tu es venu tantôt car je n’avais que mes papillotes
à
ôter. Ô si tu viens me chercher, mon cher petit homme, je ferai quelque folie en signe
de joie et de bonheur. Je ne veux pas me préparer à l’avance pour ne pas détruire
le
charme d’une bonne promesse. Je veux n’avoir rien à me reprocher, pas même la joie
anticipée, dans le cas où tu ne pourrais pas venir.
Je suis bien contente que
Dédé ait pris cette pauvre Cocotte en amitié, maintenant je serai plus
tranquille sur son sort et j’aurai moins de remords de ma mauvaise action1. Tu ne m’as pas dit à quelle heure tu viendrais me
chercher de sorte que je ne peux pas fixer de terme à mon espoir et à mon impatience.
J’aurais bien désiréa que ce fût
tout de suite pour être plus longtemps avec toi et jouir du soleil et du beau temps
en
même temps que toi. Si de désirer ardemment était une chose
attractive il y a longtemps déjà que tu serais revenu.
Juliette
1 Juliette Drouet s’est débarrassée de sa perruche, dont les cris l’importunaient, en la donnant à Adèle, la fille de Victor Hugo.
a « désirer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
