« 14 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 41-42], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11667, page consultée le 27 janvier 2026.
14 avril [1844], dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon amour bien aimé, bonjour, je te baise depuis
la
tête jusqu’aux pieds. Comment vas-tu ce matin ? Penses-tua un peu à moi, me désires-tu,
m’aimes-tu, mon Toto adoré ? Moi, je ne pense qu’à toi, je te désire de toutes mes
forces et je t’aime de toute mon âme. Je voudrais te voir pour te dire en tendres
caresses tout ce que je te gribouille si insipidement. Tâche de venir, mon cher
bien-aimé, tu seras bien gentil et bien fêté.
Je viens de payer le loyer, de
payer Suzanne et les contributions ; une
fois prises, il ne restera pas grand-chose des deux cent cinquante francs que tu m’as
donnésb aujourd’hui. Vraiment
l’argent me fond dans les mains. Il y a des moments où je suis tentée de me prendre
au
collet comme une voleuse car il me paraît impossible à moi-même de dépenser tant
d’argent pour si peu d’honneur et pour si peu de profit. Il n’y a que lorsque
j’additionne bout à bout mes sous et mes liards que je reconnais à quoi cela a passé
et que je rends hommage à ma probité. En attendant, toi, tu travailles nuit et jour
pour moi sans te plaindre comme un pauvre ange dévoué que tu es. Je t’aime mon Victor.
Je te vénère, je t’admire, je te bénis, je voudrais mourir pour toi.
Juliette
a « pense-tu ».
b « donné ».
« 14 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 43-44], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11667, page consultée le 27 janvier 2026.
14 avril [1844], dimanche soir, 5 h.
Je t’ai bien peu vu, mon Toto, il est vrai que je te verrais du matin au soir, et
du
soir au matin que je ne trouverais pas que c’est assez,
mais, si peu que tantôt, ça ne peut vraiment pas compter pour du bonheur. Pourtant,
mon adoré, je ne veux pas blasphémer en ne remerciant pas le bon Dieu et toi de cet
éclair de joie que vous avez fait luire sur ma journée aujourd’hui. Il vaut encore
mieux une minute de bonheur que rien du tout. En amour, tout compte. Merci donc, mon
cher petit homme ravissant, merci pour ta trop courte apparition de tantôt.
Puisses-tua revenir bientôt, je
serais la plus heureuse des femmes.
Il fait un temps assez mouzon aujourd’hui. Je ne suis pas éloignée de faire
allumer du feu car je n’ai pas excessivement chaud. Je te dirai chemin faisant, mon
amour, que ma cheminée a un petit air fleuri qui lui va à ravir. Les fleurs de
Claire arrangéesb dans les histoires de Mme Triger leur
donnent un petit air étoffé qu’ellesn’avaient pas auparavant et puis, enfin, mon
oranger de hasard qui fait son effet, tout cela occupe et
meuble ma cheminée agréablement. Pauvre ange, c’est à toi que je dois cela, car en
somme c’est toujours toi qui donnes l’argent pour les acheter, si ce n’est pas à la
mère, c’est à la fille, et le plus souvent à toutes les deux à la fois. Merci mon
adoré, je t’aime plein mon cœur.
Juliette
a « puisse-tu ».
b « arranger ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
