« 21 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 75-76], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10339, page consultée le 25 janvier 2026.
21 novembre [1839], jeudi matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon adoré Toto, bonjour, mon petit bien-aimé chéri. Bonjour, je t’aime. J’espère que tu n’as pas lu les stupidités que je t’ai écrites hier au soir ? Ou si tu les as lues tu les as oubliées ? Je souffre tant, mon Toto, quand je t’écris ces folies que vraiment c’est une pitié. Je m’applique tant à être irréprochable envers notre amour que tout ce qui a l’air d’un doute de ta part m’exaspère. Et je regarderais comme un manque d’amour et de piété envers ta chère personne adorée si j’acceptais, ou si je me prêtais, ou si je comprenais les plaisanteries que Mme Krafft voudrait faire sur toi. Elle n’en a jamais eu l’intention du moins à ma connaissance, aussi je trouvais ta supposition gratuitement méchante et injurieuse pour toutes les deux et c’est ce qui m’a tant affligéea ; mais si tu veux oublier mes emportements d’hier et croire à mon amour et à mon honnêteté, tout peut encore se réparer et nous pouvons être très heureux comme des bons petits amants que nous sommes, n’est-ce pas mon Toto chéri ? N’est-ce pas mon adoré ? Juju est effroyable ce matin, Juju ferait peur au diable. Heureusement que vous êtes plus méchant et plus courageux que lui et que vous ne reculerez pas d’une semelle. Baisez-moi alors de toutes vos forces et tâchez de venir très tôt. Pauvre adoré petit homme, tu ne te reposes donc jamais ? J’espérais que tu viendrais ce matin. Je me suis même réveillée à l’heure où tu as coutume de venir mais tu n’es pas venu et j’ai été encore fort triste et bien malheureuse et je me reprochais ma stupide lettre d’hier. Mon Dieu que je t’aime, aieb pitié de moi.
Juliette
a « affigée ».
b « aies ».
« 21 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 77-78], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10339, page consultée le 25 janvier 2026.
21 novembre [1839], jeudi soir, 4 h. ¼
Bonjour, mon adoré, bonjour du fond de l’âme et puisses-tu venir bientôt. Je
t’attends, je suis triste, j’ai cependant bien travaillé aujourd’hui, j’ai posé
moi-même mes panaches. J’ai fait récolte de toutes mes vieilles fleurs de chapeaux
et
de bonnets et je les ai mises dans mes pots, cela fait très bien et donne à ma chambre
un petit air de fête qui n’est pas dans mon cœur car il m’est impossible d’être gaie
en ton absence.
J’ai fait en outre une revue de mes nippes d’histrionne pour
voir celles dont je pourrai tirer parti. D’abord une robe de veloursa noir fanée et qui me fera une très
bonne robe de chambre dont j’ai le plus grand besoin, et puis enfin mon petit manteau
de coulisse doublé et ouatéb[illis.] qui nous servira à tous les deux dans les matinées d’hiverc quand nous déjeunerons dans notre dodo.
Il est parfaitement inutile de laisser manger aux vers et perdre ces choses-là puisque
nous les avons et qu’il serait impossible d’en rien tirer en les vendant à titre de
vieux chiffons. Tu ne viens pas, mon adoré, voici pourtant la nuit. Je suis triste,
mon Dieu, surtout que je t’ai écrit hier une vilaine lettre et dont tu dois avoir
été
blessé. Pardonne-moi, mon adoré. Pardonne-moi et proportionne mon amour à l’excès
de
ma folie et de ma méchanceté. Je t’attends le cœur sur les lèvres et le repentir dans
l’âme. Je t’aime. Je t’aime, mon Toto.
Juliette
a « velour ».
b « ouatté ».
c « d’iver ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
