28 juillet 1839

« 28 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 165-166], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9429, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon petit bien-aimé, bonjour mon Toto chéri. Je vous aime, et je ne prends pas la MOUCHE puisque vous m’assurez qu’elle est à THÉOPHILE GAUTIER1 et que vous n’êtes pas capable de tromper une pauvre femme qui vous aime de toute son âme. Je dors tant et si bien que je finis par avoir un mal de tête absurde. J’ai ce matin la lèvre grosse comme le poing, de la fièvre ou du sang qui se porte avec trop de violence dans cette partie-là. J’aurais besoin d’être SAIGNÉE et RESAIGNÉE. Vous qui savez l’anglais et le portugaisa, vous devriez ne vous en rapporter qu’à vous pour cette opération chirurgicale. Baisez-moi. Si on ne peut pas rire à présent, c’est pas la peine. Vous ne m’avez pas donné une seule petite fleur de tous les bouquets que vous avez reçus2, c’est bien vilain. Autrefois vous m’en donniez et je les conservais. Quand vous ne travaillerez plus, je vous surveillerai joliment car je m’aperçoisb que vous tournez insensiblement à la perruquière, à la bonne d’enfant et à la femme de lettres d’une manière peu édifiante pour mon amour. Aussi soyez tranquille, je vais avoir l’œil sur vous. En attendant tâchez de vous bien conduire et de marcherc droit… à mon lit.

Juliette


Notes

1 À élucider.

2 Pour la Saint-Victor, le 21 juillet.

Notes manuscriptologiques

a « portuguais ».

b « apperçois ».

c « marché ».


« 28 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 167-168], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9429, page consultée le 24 janvier 2026.

Vous êtes bon, mon petit homme, vous êtes ravissant, mon Toto, je vous aime, mon grand Victor. Pauvre bien-aimé, quand je pense à ce que tu fais et à ce que tu es, je te trouve aussi grand et aussi bon que le bon Dieu. Je ne sais pas bien dire ce que je sens mais ce que je sens est digne de toi. Je suis à l’état de mouche naturelle, et non de bijou. Je t’aime, mais je ne sais pas comment le dire. Je t’aime : voilà tout. Et cette fois le poisson vaut mieux que la sauce, fût-elle de [vous ?]. Claire va venir tout à l’heure et les petites filles sont dans le ravissement. Je ne suis pas fâchée non plus de les avoir à cause de Claire qui n’aurait pas été bien gaie ni bien divertie en tête à tête avec moi. Jour mon Toto. Tâche de nous faire sortir ce soir. Ce sera très i et très amusant. C’est si bon de s’accrocher à ton cher petit bras et de marcher côte à côte avec toi, même sans rien dire. Le bonheur de te sentir et de te voir, c’est déjà le ciel. Je n’exagère pas, mon amour. Tout ce que tu1 dis est bien au-dessous de ce que j’éprouve. Je t’aime comme jamais homme n’a été et ne sera jamais aimé. Baise-moi et viens si tu peux.

Juliette


Notes

1 Lapsus : Juliette a sans doute écrit « tu » pour « je ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.