« 6 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 131-132], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8318, page consultée le 06 mai 2026.
6 mai [1839], lundi, 11 h. ¼
Tu as travaillé toute la nuit, mon adoré, et tu n’as pas voulu me donner ton repos
après m’avoir donné ta veille. Je suis triste et découragée de voir combien le sort
est contraire à notre bonheur : à peine si tu peux me donner trois matinées par mois,
je m’entends, pour notre amour, car je ne sais que trop que tu donnes toutes tes nuits
à mes besoins. Oh le stupide et misérable JOLY. Si je le tenais, je le plongerais vivant dans la tinette pleine
qu’on emporte sous ma croisée dans ce moment-ci.
Il faut cependant, mon Victor,
que tu me laissesa la liberté de
m’engager où je voudrai, car moins que jamais je supporte la pensée de n’avoir pas
un
état qui me nourrisse. Je me sauverais plutôt au fond de la Russie que d’attendre
plus
longtemps à essuyer mes forces sur un théâtre. J’ai la tête perdue chaqueb fois que je fais un retour sur ma
position et sur les fatigues et les sacrifices qu’elle t’impose. Je suis bien triste,
va, et mes nuits ne sont pas beaucoup meilleures que les tiennes, quoique je sois
couchée et toi debout. Donne-moi ta main, mon Toto, et tes lèvres car tout mon
désespoir, c’est de l’amour.
Juliette
a « laisse ».
b « chaques ».
« 6 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 133-134], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8318, page consultée le 06 mai 2026.
6 mai [1839], lundi, 6 h. ½
Je vous écris tout de suite, mon ravissant petit homme, pour profiter du jour et en attendant le dîner. D’ailleurs la petite promenade que nous venons de faire ensemble a fait éclore une gerbe de souvenir et d’amour qui éclate au faîtea de ma pensée comme la fleur au faîteb des marronniersc. Je sens le plus merveilleusement du monde l’amour et le bonheur mais je ne peux pas l’exprimer. Plus je t’aime, plus je suis heureuse et plus je suis stupide. Il faut me prendre comme ça, mon Toto, et m’aimer. Je serai toute prête, mon amour, si vous venez me chercher et la plus heureuse femme du monde. Mon Toto, mon Toto, il me semble que je suis encore aux premiers lilas de notre bonheur, toutes les fleurs sont revenues et tous les souvenirs aussi vivaces, aussi parfumés que s’ils étaient éclos de ce matin. C’est que je t’aime comme le premier jour et plus encore car les racines de six ans ont augmentéd le nombre des branches et des fleurs de notre amour. N’est-ce pas que je suis bien bête, mon Toto ? Eh bien, je veux que vous m’aimiez tout de même, c’est bien le moins puisque c’est à cause de vous et que je vous adore.
Juliette
a « fait ».
b « fait ».
c « maronniers ».
d « augmenter ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
