« 13 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 153-154], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3131, page consultée le 25 janvier 2026.
13 février [1839], mercredi des cendres, 5 h. du soir
Merci, mon cher adoré, de t’être si bien souvenu de l’anniversaire de notre bonheur,
merci de l’avoir si bien célébré. Je suis au comble de la joie et de l’amour. Je
t’adore, c’est une bonne journée que celle-ci et celle d’hier et surtout la nuit qui
vient de s’écouler. QUEL BONHEUR !!!!!!a b Donne-moi tes
chers petits pieds que je les baise. Tu es mon Toto. Et quand je pense que j’ai encore
un autre anniversaire, deux autres anniversaires très
prochains et tout aussi charmants, je bondis d’impatience et de plaisir. Mon Toto
adoré, le printemps a toujours été une saison heureuse pour moi. C’est au printemps
que tu es né, c’est au printemps que je t’ai aimé. Aussi, je suis confiante et
heureuse tout le temps que dure cette ravissante saison des fleurs et de notre
amour. Je suis très rococotte comme vous voyez, mon
adoré, mais c’est que le bonheur me fouille et me tourne l’esprit dans tous les sens,
ce qui fait que je ressemble, pour le style, à une chicorée de Mme de Pompadour. Mais qu’est-ce que cela fait puisque je t’aime et que je suis
heureuse. Tu n’as pas besoin que je sois une Sévigné.
Jour, mon cher petit o.
Bonjour, mon grand Toto. Papa est bien i. Il me semble déjà qu’il y a bien longtemps que je ne vous ai vu ? Je ne suis
contente et je ne vis que quand tu es auprès de moi. Le reste du temps, il me semble
que je fais le métier de plongeur, je ne respire pas et mes oreilles bourdonnent comme
quand on est sous l’eau. Je vous aime trop, mon Toto, j’en suis un peu plus bête et
beaucoup plus ennuyeusea. N’est-ce
pas que c’est vrai ? Que je vous voieb
répondre : oui, vilain, je vous donnerai sur le museau.
Juliette
a « ennuieuse ».
b « vois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
