« 17 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 61-62], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5687, page consultée le 24 janvier 2026.
17 juillet [1837], lundi après-midi, 1 h. ¼
Vive Toto ! Vive Toto ! Vive Toto ! Vous voyez bien que c’est très gentil de venir déjeuner avec sa Juju ! Pourquoi ne venez-vous pas plus souvent, vieille bête ? Ça vaudrait bien mieux que de vous moquer de moi comme vous faites. Cher petit homme, j’espère que notre bonne petite Dédé est tout à fait hors d’affaire à présent1 et qu’elle va commencer à demander son petit coute de pain2. C’est alors que vous pourrez faire votre petite caisse d’épargne pour notre voyage. Moi debout je ferai tout mon possible pour économiser afina d’apporter mon petit contingent à cette petite tontine3 d’amour. Jour mon petit homme. Je ne sais pas si c’est parce que je ne me suis pas fait frictionnerb ce matin, mais j’ai un petit redoublement de bobo à mes reins. Il fait pourtant bien beau aujourd’hui, quel dommage que l’expérience de l’acier fusible ne nous appelle pas à Bougival4, je m’en serais donné une fameuse bosse5 de Bougival, on aurait été obligé de me rapporter sur une civière. Malheureusement, mon paysage se borne au pot de chiendent de ma croisée, et ma rivière à ma carafec vide, et mon gibier à un méchant Toto. [LÀPEINT ?]6 c’est pas beaucoup amusant. Cependant je n’ai pas le droit de crier très haut aujourd’hui : QUEL MALHEUR ! Après ce qui s’est passé ce matin, j’ai le droit de rien du tout, sinon de crier : j’aime Toto, vive Toto. Après quoi vous me décorerez de votre croix, que j’aurai bien méritée7. Je vous aime mon Toto.
Juliette
1 Depuis la fin juin, l’état de santé de la petite Adèle, qui a fait une fièvre typhoïde, est très préoccupant.
2 Jeu de mots probable entre la prononciation enfantine pour « croûte » et le mot « coût », assimilable à « coup » (dans l’expression « un petit coup », en rapport avec l’alimentation) ce qui permet l’accroche sur la question financière dans l’idée suivante. Juliette imite peut-être la manière dont s’exprime la petite Adèle.
3 Tontine : rente commune pour un groupe d’épargnants, ou petite corbeille dans laquelle les joueurs déposent les enjeux.
4 Il existait, à Bougival, une aciérie dont un certain M. Sir-Henry, coutelier de la Faculté de médecine et des hôpitaux de Paris, était propriétaire. Il y pratiquait des expériences sur la préparation de l’acier pour en améliorer la qualité. Il n’est pas impossible que Hugo et Juliette aient fondé le projet de visiter l’usine lors d’une excursion à Bougival prévue semble-t-il depuis quelque temps (voir la lettre du 12 juillet au soir).
5 « Se donner une bosse » : se régaler, festoyer, s’emplir la panse.
6 Est-ce un jeu de mots pour « lapin » (le gibier et la formule hypocoristique, voire l’allusion sexuelle) et pour le nouveau papier peint de la chambre ?
7 Juliette attend toujours que Victor Hugo, qui a été promu officier de Légion d’honneur le 3 juillet, lui donne sa décoration. Le 20, il lui offrira sa croix de chevalier.
a « à fin ».
b « faite frictionnée ».
c « caraffe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
