9 mars 1864

« 9 mars 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 68], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13036, page consultée le 24 janvier 2026.

J’ai travaillé jusqu’à présent, mon cher adoré, autant par nécessité de raccommodage que par antipathie de tout mouvement. Je suis brisée sans savoir comment ni pourquoi car une mauvaise nuit, pour moi qui en ai si souvent, ne suffit pas ordinairement à me mettre dans ceta état de courbature. Je crois décidément que c’est l’influence du printemps qui travaille mon vieux sang pour me punir de mon toujours jeune amour. Je lui pardonne cette petite taquinerie à la condition qu’il se hâtera de faire pousser les fleurs et les arbres1, et qu’il abritera les nids, et nous donnera tout son soleil et toutes ses joies.
Je ne sais pas si, quand je serai débarbouillée et peignée, il sera temps encore d’aller à mon logis, mais je vais me dépêcher le plus que je pourrai pour te retrouver plus tôt. Mon bien-aimé, mon généreux homme, mon tout adoré, je ne sais comment te remercier de ce que tu fais encore pour moi en venant au secours de mon malheureux parent2. J’espère qu’il se rendra digne de la pitié que tu lui accordes en te restituant la somme que tu prêtes à son honneur et à son avenir. Mais quelle queb soit sa conduite envers toi, ingrate ou reconnaissante, je suis sûre que sa pauvre mère si elle voit quelque chose de ce qui se passe en ce moment de toi à son fils doit te bénir et demander au bon Dieu de te rendre en bonheur et en gloire sur la terre mille et mille fois plus que la somme prêtée intérêts cumulés pendant toute l’éternité. Mon bien aimé, je te souris, je t’adore et je vais bien me porter par reconnaissance.

J.


Notes

1 Victor Hugo représente maintes fleurs, et maints oiseaux dans le décor du 20 Hauteville.

2 Ce jour-là, Victor Hugo note dans son agenda que, pour éviter que le sergent-major J. D. ne passe au conseil de guerre pour avoir perdu 200 fr., argent de sa compagnie, il envoie cette somme par traite sur la banque Mallet frères à l’ordre du capitaine. Le sergent-major « J. D. » est donc un parent de Juliette et les initiales sont sans doute, non pas tant celles du soldat que celles de Juliette.

Notes manuscriptologiques

a « cette ».

b « quelque ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.