8 avril 1855

« 8 avril 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 145-146], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7048, page consultée le 09 mai 2026.

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Que tu es bon, mon cher bien-aimé, d’être revenu hier soir par cette nuit froide et pendant que tu avais du monde chez toi. Cette marque de ton ineffable bonté n’est certes pas nouvelle pour moi mais elle m’a touchée comme toujours jusqu’au plus profond de mon cœur. Je m’étais couchée malade et triste mais à ta douce voix, j’ai retrouvé des baisers et un sourire que je t’ai jeté à travers ma vitre pour te servir d’escorte et de phare en chemin ; t’en es-tu aperçu ? J’aurais voulu pouvoir m’endormir tout de suite sur cette bonne impression mais le souvenir de quelques-uns de tes derniers vers1 m’a tenue éveillée presque toute la nuit. Et pourtant Dieu sait que je ne vais pas te faire un crime de tes regrets pour l’être fier et doux que tu crois avoir laissé pleurant en France et faire de ta peine le remordsa de ton injustice mais il m’est bien pénible de savoir que tu ne vois plus aujourd’hui sur le chemin de ta vie où je t’accompagne que l’ombre et les torts expiés dans lequel jadis tu trouvais des fleurs et des pelouses vertes. Cesb plaintes s’adressent à quelqu’un qui n’est pas précisément le lecteur littéraire. Je ne te demande pas ton secret, pas plus que tu ne peux m’empêcher de voir à travers la transparence de ta poésie l’état de ton cœur. Je voudrais, mon pauvre bien-aimé, t’inspirer plus de confiance en moi et te forcer à être heureux sans risquer d’offenser et de faire saigner le cœur de personne. Pour cela, il ne te faudrait qu’un peu de courage et de [franchise ?]. Pourquoi ne le veux-tu pas ? Faut-il donc que je fasse tout le sacrifice à moi toute seule ? Je t’aime assez pour cela, si tu y consens, rien ne m’est impossible pour faire ton bonheur ?

Juliette


Notes

1 Les passages soulignés sont des citations du poème « La Destinée » (XXXIII), écrit en septembre 1854, et publié dans le « Livre lyrique » des Quatre vents de l’esprit  : « Si j’ai laissé pleurant quelque être fier et doux, / Si j’ai dit : Haïssez, à ceux qui disaient : J’aime ; // Dieu ! si j’ai fait saigner des cœurs dans le passé, / Que votre grande voix me courbe et m’avertisse ! / Je demande pardon à ceux que j’offensai, / Voulant traîner ma peine et non mon injustice. // Je marche, à travers l’ombre et les torts expiés, / Dans la vie, aujourd’hui sans fleurs et jadis verte, / Morne plaine où déjà s’allongent à mes pieds / Les immenses rayons de la tombe entr’ouverte. »

Notes manuscriptologiques

a « remord ».

b « Ses ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.