16 avril 1838

« 16 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 52-53], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1187, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour mon adoré, bonjour ma joie. Je suis bien fatiguée et bien souffrante mais je t’aime de toute mon âme. Je ne sais pas comment je ferai pour me lever et pour faire la conversation avec le Barthès mais je sais que j’aurai de l’amour et des caresses pour toi quand je te verrai. J’ai si peu dormi depuis deux jours que je ne me tiens ni sur la tête ni sur les pieds. Toutes ces infirmités disparaîtront si tu m’aimes un peu. J’espère, mon adoré, que les deux vilains jours qui viennent de s’écouler n’auront laissé aucun mauvais germe dans ton cœur et que tu continueras de m’aimer comme autrefois. Moi cela va sans dire que je t’aimerai d’autant plus que je suis méchante et bête, mais toi qui as les deux qualités opposées pourras-tu m’aimer ? J’en doute et je suis triste au fond de l’âme. Je t’attendrai ce soir auprès de mon feu avec résignation et amour. Je ne parle pas de résignation pour manquer le spectacle d’aujourd’hui qui est stupide, mais la résignation à t’attendre longtemps quand je sens le besoin de te voir toujours. Crois bien ce que je te dis, mon amour, car c’est la vraie vérité. Je t’adore. Je suis injuste, je suis méchante, je suis folle mais je t’aime du fond du cœur. Oh ! C’est bien vrai ! Voilà deux matinées que nous passons bien bêtement. Il n’aurait tenu qu’à vous qu’elles fussent les plus heureuses et les plus ravissantes de notre vie. C’est bien triste de penser que c’est vous qui ne voulez pas que nous soyons heureux. Mais je ne vous en tiens pas quitte et demain vous me paierez tous mes arrérages. En attendant je tâche d’avoir le plus de force et de courage que je peux pour vous attendre et pour faire fête à ce hideux et stupide Barthès. Heureusement que Claire comprendra la moitié. Je t’aime toi. Je vous adore vous.

Juliette

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.