« 23 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 297-298], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4797, page consultée le 01 mai 2026.
23 mars [1846], lundi matin, 9 h.
Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour qu’on vous dit. Comment allez-vous ce matin ? Moi je vais très bien car je vous aime de toutes mes forces et j’ai l’espoir de vous voir bientôt sur votre chaise CURULE PARES INTER PARES1. Hum ! ATTRAPÉ !!! Seulement je voudrais savoir un peu à l’avance le jour afin de prévenir cette petite Julie2 de se tenir prête. Il est bien fâcheux que cette pauvre Claire soit si tenue car je sais combien elle désirerait assister à une séance dans laquelle tu serais. Mais il n’y a aucun moyen de la satisfaire jusqu’à présent. À propos, n’oublie pas que tu m’as promis ta médaille pour entrer au Louvre les jours tout à fait réservés. Je ne sais pas encore avec qui j’irai parce que les petites Rivière ont leur temps compté quand elles ont de l’ouvrage. Cependant je ne serais pas fâchée de voir et surtout de marcher sous le prétexte de regarder les chefs-d’œuvre des croûtons français. Que j’aie ta médaille d’abord et puis je tâcherai de racolera quelqu’un ou quelqu’une pour m’accompagner. Mon cher petit Toto bien aimé, il fait un temps à couper aucouteau aujourd’hui, vous devriez me faire sortir tantôt. Cela ne vous ferait pas de mal et cela me ferait un grand bien. Qu’enb dites-vous ? En attendant votre réponse, je vous baise et rebaise et rebaise encore.
Juliette
1 Primus inter pares : « Premier parmi les pairs ». Juliette considère que le fauteuil qu’elle confectionne à Hugo est une chaise curule, symbole du pouvoir en Rome antique.
a « racoller ».
b « Quand ».
« 23 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 299-300], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4797, page consultée le 01 mai 2026.
23 mars [1846], lundi après-midi, 2 h. ¾
Je m’étais bien fort dépêchée, mon cher Victor bien aimé, dans l’espoir que si tu venais de bonne heure, tu m’emmènerais mais cela ne m’a pas beaucoup réussi comme tu vois. Cependant si tu avais voulu j’aurais pu t’accompagner jusqu’à la porte du chancelier et aller t’attendre rue du Sabot dans le cas où il aurait été chez lui. Du reste, mon pauvre bien-aimé, à part le regret toujours trop vif de ne pas être avec toi autant que je le voudrais, je ne t’en veux pas et je trouve tout simple que tu m’aies laissée à la maison surtout si tu as à travailler comme ce n’est que trop probable. Peut-être aurais-je pu profiter du beau temps pour porter à Mlle Féau son argent mais comme je ne te l’ai pas demandé j’y envoie Suzanne. JourToto, jour mon cher petit o, bonjour mon pauvre travailleur éternel. Bonjour toi, bonjour vous, je vous adore. Si vous avez un peu de cœur et que vous ne soyez pas trop en train vous reviendrez me prendre pour me faire marcher un peu avec vous. Je n’y compte pas bien entendu, mais j’en serais bien contente et bien heureuse si vous le faisiez. Il a beau faire un temps ravissant dehors je suis toujours forcée de faire du feu chez moi tant c’est humide et froid. En vérité je n’ai pas le bénéfice de la belle saison que nous avons eue. C’est ennuyeuxa de toute façon. Je voudrais être au mois de juin pour cesser de brûler du bois, c’est-à-dire de dépenser un argent fou pour ne pas moisir chez moi. D’ici là, il faut que je me résigne. Encore si je n’avais que ce sujet pour [illis.] ma résignation mais vous la mettez si souvent à contribution qu’il ne m’en reste pas pour les autres choses de la vie. Baisez-moi mon Toto chéri et pensez à moi et aimez-moi. Je vous en supplie.
Juliette
a « ennuieux ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
