« 17 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 47-48], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11117, page consultée le 25 janvier 2026.
17 janvier [1842], lundi soir, 9 h. ½
Depuis que tu es parti, mon cher bijou, je n’ai fait encore que serrer mon linge,
faire la lampe, ta tisane, me débarbouiller, dîner et compter ma dépense et je ne
me
suis cependant pas amusé, je t’assure. Je n’ai même pas encore fait passer mon feu
dans ma chambre. Il est encore dans mon cabinet de toilette auprès duquel je t’écris,
si ce gribouillis informe et hideux peut s’appeler de l’écriture. Je t’aime, mon Toto
bien-aimé. Je t’aime toujours de plus en plus sans que je sache comment cela peut
se
faire puisque je t’aime de toute mon âme depuis le premier jour où je t’ai vu. Tu
es
beau, je t’aime. Tu es bon, je t’adore. Baise-moi, mon Toto. Je ne suis pas tranquille
sur cette translation de demain. Je trouve même que c’est imprudent et je regrette
maintenant d’y avoir consenti. Espérons cependant que j’en serai quitte pour des
craintes non fondées, et que cette pauvre péronnelle n’aura pas de rechute. Mais c’est
égal, j’ai été aussi imprudente qu’elle en cédant de prime abord à son impatience.
Demain, à cette heure-ci, je saurai si j’ai des reproches plus graves à me faire mais
j’espère que le bon Dieu m’en fera quitte pour la peur, ce qui est déjà de trop.
Merci mon pauvre ange de ta complaisance de tantôt. Merci mon pauvre amour. J’espère
qu’en voilà pour un bout de temps avant de te fatiguer et de t’ennuyera de nouveau. Je comprends bien ça, mon
pauvre ange, et il faut une conviction bien profonde de mon ignorance et de mon
ineptie pour t’importuner à ce point. Baise-moi, mon Toto, et ne m’en veux pas. Je
t’aime, tu es ma vie et ma joie.
Juliette
a « ennuier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
