23 novembre 1838

« 23 novembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 172-173], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3448, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon petit homme chéri, bonjour. Je t’aime. Tu n’es pas venu encore cette nuit, je te dis cela pour constater un fait, car à vrai dire, je ne t’attendais pas. Je sais bien que le jour où ton livre paraît, tu es assailli de toute part, et que tu ne veux pas quitter ta maison ce jour-là1. Je compte peu que tu viendras me chercher pour acheter ma dentelle, et je me résigne à être ridicule demain. Tu devrais bien au moins empêcher cette absurde lecture par tous les moyens possibles. Je ne peux pas te dire à quel point cette lecture faite dans les circonstances présentes, me chagrine et me décourage. Au reste c’est bien moi qui leur porte malheur à ces pauvres auteurs, il est impossible d’avoir plus de guignon que je n’en ai dans tout ce que j’entreprends, et ce n’est pas trop de ton aide et de ta protection pour balancer ma mauvaise influence.
Je t’écris une longue lettre comme si j’étais sûre d’aller à Ruy Blas ce soir, le désir me tient bien de certitude, cependant si je ne peux pas avoir ce bonheur là, je me résignerai à en avoir un autre d’une espèce différente, celui de broyer une trentaine de pavots au coin de mon feu.
Il fait froid aujourd’hui, et nous n’avons plus de bois, c’est tout au plus s’il y en aura assez pour ce soir. Je te dis cela en passant et pour t’obéir car j’aimerais mieux souffler dans mes doigts que de t’inciter à fatiguer tes pauvres beaux yeux adorés.
Je t’aime, mon Victor bien aimé, je t’aime bien complètement et bien sincèrement. Je t’adore. Aime-moi un peu aussi, toi, pour que je ne sois pas triste et découragée comme je le suis quand je ne te vois pas, et que je doute de ton amour. Et puis ne vous faites pas trop beau demain, entendez-vous ? Vous n’avez pas besoin de cela, vous, pour être le plus beau, et le plus admirable, le plus envié et le plus adiré des hommes.

Juliette


Notes

1 Ruy Blas paraîtra le 27 novembre chez Delloye.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.