« 25 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 245-246], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10777, page consultée le 24 janvier 2026.
25 octobre [1843], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher petit homme, bonjour je t’aime. Je ne
sais plus à quel saint me vouer pour obtenir que tu viennes passer une matinée auprès
de moi. Si j’en connaissais un qui ait ce pouvoir, je m’adresserais à lui et je le
harcèlerais jusqu’à ce qu’il m’ait accordé ce que je lui demande. Quant à vous, mon
Toto, c’est comme si je parlais à un sourd que de m’adresser à vous.
Comment
as-tu passé la nuit, mon cher amour ? As-tu pris quelque repos ? J’espère que malgré
ton travail ta nuit aura été meilleure que la mienne. J’ai eu la fièvre toute la nuit.
Ce matin j’ai un mal de tête et de gorge affreux. Je suis encore toute brûlante et
toute endolorie. Ce ne sera rien certainement mais dans le moment où on souffre, c’est
toujours en mieux. Si tu étais venu tu m’aurais guériea. Voilà ce que c’est méchant homme que de ne pas venir. Si vous
continuez ainsi j’en ferais une vraie maladie, tant pire pour vous. Ça sera bien fait
et ça vous apprendra à me laisser livrer à moi-même des mois entiers. Baisez-moi
vilain Toto. Voime, voime bien vilain, c’est
drôle.
J’attends Lanvin aujourd’hui.
Nous verrons s’il viendra. Je vais écrire le linge de la blanchisseuse et puis je
tâcherai de me mettre à l’ouvrage tantôt. En attendant, je souffre, c’est bien
ennuyeux.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Vous êtes bien coupable de me laisser souffrir comme ça quand il vous serait si
facile de me guérir.
Si vous saviez comme votre cher petit portrait fait bien
dans ce petit encadrement, vous seriez trop fier de votre invention. C’est charmant,
il est impossible de rien voir de mieux réussi ! Cela devrait vous mettre en goût
pour
autre chose. Pauvre bien-aimé, c’est que tu es fatigué de tous ces travaux de chez
toi. Je sens bien cela et je ne te tourmenterai pour moi. Aime-moi et tâche de venir
bien vite m’apporter ta chère petite bouche à baiser et je serai bien heureuse.
Juliette
a « guéri ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
