« 16 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 211-212], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10768, page consultée le 24 janvier 2026.
16 octobre [1843], lundi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon ravissant petit homme, bonjour, bonjour,
je
t’aime. Ne souffre pas mon adoré, je t’aime de toute mon âme.
Quel charmant
portrait que le portrait de Dédé !
Quellea belle tête grave et douce. Je
t’envie, mon Toto bien-aimé, d’avoir ce portrait. Je voudrais qu’il fûtb à moi, c’est-à-dire je voudrais en avoir
un pareil. Il est bien fâcheux qu’on ait perdu celui de Toto puisqu’il était bien
réussi. Mais, entre nous, je crois que ce portrait n’est pas perdu pour tout le monde et que, le Bisson1 tout le premier, sait à quoi s’en tenir mieux que nous sur cette
prétendue disparition. Du reste, cela ne fait que redoubler le désir que j’ai de
[illis.] autour de moi ta ravissante petite figure par la facilité qu’on a maintenant de
faire des portraits à peu de [illis.]. Auparavant, je le désirais autant qu’à présent,
mais comme on désire une chose presque impossible et qu’on sait qu’on ne peut pas
avoir. Cette fois ce n’est plus ça et je veux ton cher petit
portrait absolument, je le veux, je le veux. Tu me le donneras pour mes étrennes, c’est convenu et je donnerai le mien à Claire pour
les Reines, c’est convenu aussi. Pauvre Claire, il y a déjà une heure qu’elle est
repartie avec Lanvin pour la pension. Elle
m’a fait de bonnes promesses et j’espère qu’elle les tiendra. Il est impossible de
marquer plus de désir de bien faire et de témoigner de plus d’affection pour moi
qu’elle ne le fait. Ta confiance en elle lui porte bonheur. Pauvre petite bien-aimée,
après toi, c’est mon seul bien, mon seul souci et ma seule joie en ce monde. Elle
doit
m’écrire à la fin de la semaine pour me dire qu’elle a bien travaillé ; en même temps,
elle m’enverra la note du trimestre. Mais ne sois pas triste, mon adoré, du moins
ne
souffre pas. Je t’en suppliec du fond
de mon cœur dont tu es la vie et le bonheur. Je baise ta ravissante petite bouche
et
ta pauvre petite oreille.
Juliette
1 À élucider.
a « quel ».
b « fut ».
c « suplie ».
« 16 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 213-214], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10768, page consultée le 24 janvier 2026.
16 octobre [1843], lundi soir, 9 h.
Mon adoré, je ne te remercie pas, je ne t’aime pas, je ne t’adore pas, je ne suis
pas
comblée, je ne suis pas ravie, je ne suis pas heureuse. Je hurle, je trépigne, je
suis
enragée, je voudrais te manger tout vif. Quel beau meuble et quelle surprise, mon
Toto ! Car, malgré tout ce que je te disais, mon Toto, je n’y croyais pas. Ce meuble
est une merveille tout bonnement. Je hurle d’être à demain matin pour le fourbir et
le
décrasser à mon aise ; mon pauvre adoré, je te remercie du fond du cœur pour la grâce
charmante avec laquelle tu as satisfait un désir qui pourrait ne pas paraître
raisonnable à d’autre dont le cœur serait moins doux, moins bon, moins aimable et
moins généreux que toi. Je te remercie avec effusion, mon amour, je te remercie le
cœur plein de joie et de reconnaissance, je t’aime, je t’aime, je t’aime et bien plus
encore que je ne peux te le dire quand je passerais ce qui me reste à vivre à ne te
dire que ces deux seuls mots : je t’aime.
Mon bon
Victor adoré, ma joie serait sans envers si tu avais ton pauvre cœur moins
affligé1. Je me reproche même ce moment de
bonheur cependant que tu es triste et malheureux. Tu mets tous tes soins à me cacher
ce que tu souffres ; mais un regard, un geste, un soupir me le révèle, mon pauvre
père
adoré et alors je sens mon cœur qui se fond de pitié et d’amour. Je voudrais mourir
pour toi.
Juliette
1 Léopoldine, fille de Victor Hugo, est morte le 4 septembre, noyée dans la Seine.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
