« 21 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 135-136], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10749, page consultée le 26 janvier 2026.
21 septembre, jeudi matin [illis.] h. ½
Bonjour, mon cher bien-aimé adoré, bonjour, je t’aime. Est-ce que c’est bien vrai
que
je te suis nécessaire et que je compte pour quelque chose pour toi dans la vie, mon
adoré ? Ô dis-le moi souvent mon Victor bien-aimé car j’ai bien besoin d’y croire.
Sois béni, mon pauvre ange, pour ta bonté ineffable et pour tous ceux dont tu es le
bonheur et la vie.
Je me suis éveillée plusieurs fois cette nuit, sans pourtant
que je crusse que tu viendrais. Mais le besoin de te voir est si grand qu’il persiste
malgré le sommeil et malgré la certitude que tu ne viendras pas. Le moindre bruit
m’éveillait comme si je t’avais attendu. Pauvre petit homme, tu as oublié ta muleta
et
tes gants cette nuit mais sans aucun profit pour moi puisque tu n’es pas revenu les
chercher.
Je voudrais bien pouvoir t’aider à ranger ton cabinet et ta
bibliothèque. Quelle [orgie ?] je ferais dans tous ces papiers, dans
toutes ces [laques ?], dans toutes ces chinoiseries et dans tous ces
penaillons de toutes les espèces. Quel cinq
pour cent je prélèverais sur toute cette poussière et sur tout ce [illis.] ! Vous le
savez bien et c’est pour cela probablement que vous ne voulez pas de mes services.
Taisez-vous, c’est vrai et je suis forcée de convenir que vous avez raison car ce
serait effrayant le ravage que je ferais dans vos nippes et ce que j’emporterais dans
mon clocher. Heureusement pour vous que votre prudence vous préserve de ce danger.
Je
ne vous en fais mes compliments qu’à regret et je vous baise des millions de milliers
de fois pour me venger de vous.
Juliette
« 21 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 137-138], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10749, page consultée le 26 janvier 2026.
21 septembre, jeudi soir, 6 h. ½
Sens-tu mon âme autour de toi, mon adoré ? Sens-tu que je t’aime ? Sens-tu que ma
vie
est en toi ? Le sens-tu, toi, mon pauvre cher adoré ? Je pense à toi sans distraction,
je te désire exclusivement, je t’aime, je t’aime, je t’aime.
Je n’osais pas trop
compter sur toi dans la journée, mon Toto chéri, parce que je connais ta répugnance
à
sortir dans le jour dans ce moment, que je comprends, et que je la partage mais
pourtant, par l’excessif besoin que j’ai de te voir, je l’espérais un peu, mon cher
bien-aimé. Voici la nuit close. Est-ce que tu ne viendras pas auparavant le dîner
m’apporter ta chère petite bouche à baiser ? J’ai bien travaillé toute la journée,
mon
cher petit. Claire est allée chez son père à
midi et la mère Lanvin n’a pas voulu rester
à dîner. M. Pradier, cela va trop sans dire,
a chargé sa fille de mille compliments affectueux pour moi et pour toi.
J’oubliais de te dire que j’ai reçu une lettre décachetée
par un homme qui voulait une réponse absolument et que cette
lettre était écrite par un espèce de Robert Macaire1 que j’avais connu chez sa mère, notre
voisine de [illis.], à l’âge de treize ou quatorze ans. Du reste, ce drôle n’avait pas
osé l’apporter lui-même et en avait chargé un ami à peu près
du même genre que lui. Je l’ai reçu devant ma fille comme je le devais et je ne pense
pas qu’il se refrotte à revenir une autre fois. Tu verras la lettre et je
t’expliquerai tout cela en détail.
Je t’entretiens de toutes ces choses parce que
tu veux, mon Toto, car autrement cela n’a pas d’importance.
Dépêche-toi de venir,
mon Toto adoré, que je te caresse, que je te console, que je t’inonde de mon amour
au
dehors et au dedans. En attendant, sois béni, mon Toto adoré, et embrasse pour moi
nos
enfants bien-aimés. J’ai besoin d’aimer ce que tu aimes.
Juliette
1 Robert Macaire, héros du mélodrame L’Auberge des Adrets (1823) et de sa suite Robert Macaire (1834) est un personnage d’escroc florissant interprété par Frédérick-Lemaître.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
