« 27 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 39-40], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.96, page consultée le 27 janvier 2026.
27 janvier [1836], mercredi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon cher petit homme, m’aimez-vous ce matin ? Moi, je ne sais pas si je
vous aime, mais je n’ai pas une pensée qui ne soit à vous, pas une pulsation, pas
un
souffle qui ne soit pour vous.
As-tu bien dormi mon cher petit bijou ? Ne
t’es-tu pas couché trop tard ? Moi, j’ai très bien dormi et n’était l’affreux
événement que tu m’as raconté, j’aurais très bien dormi. Pauvre ami, c’est bien
malheureux et bien triste ce qui est arrivé à ce pauvre Mr Durand . Aussi depuis que
tu m’as dit cela, je ne peux pas m’empêcher d’avoir peine pour toi de tous les
malheurs qui arrivent dans le monde. Mon Dieu, je t’en supplie, mon cher bien-aimé, prends bien garde à toi. Car si jamais un accident
de ce genre t’arrivait, j’en mourrais sur la place ou j’en deviendrais folle. Mon
cher
petit Toto, mon cher petit bien-aimé, fais bien attention à toi.
Vous avez
laissé votre grosse canne ici ; quoique j’aie bien du
bonheur à voir votre représentante, j’aimerais mieux que
vous l’ayez emportée parce qu’elle peut vous défendre et vous protéger au besoin comme
elle l’a déjà fait. J’attends ce matin cet ignoble [D. ?] [B. ?]a Cela m’ennuie, mais enfin il faut bien
subir encore cet ennui pour la dernière fois.
Mon Dieu que je t’aime. Mon Dieu
que je vous aime. Je suis toute en vous mon Toto, je vous adore, venez vite me voir,
vous ne serez pas fâché, je vous assure. Pensez à moi un peu, mon chéri. Je ne pense
qu’à vous.
J.
a Pour Barther ?
« 27 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 41-42], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.96, page consultée le 27 janvier 2026.
27 janvier [1836], mercredi, 7 h. ¾
Mon cher petit malade, je t’aime. Mon pauvre ange souffrant, je t’adore. Écoutez,
mon cher petit homme bien-aimé, il faut absolument que vous vous reposiez au moins
quelques nuits. Si ce n’est pas pour vous, faites-le pour
moi qui suis malade aussi et qui ai besoin de tranquillité et de repos. Et comment
voulez-vous, mon cher adoré, que je sois tranquille quand vous êtes souffrant, comment
voulez-vous que je dorme quand je sais que vous vous tuez pour moi. Cela n’est pas
possible. Il faut donc, mon cher petit adoré, que tu me fasses cette concession, rien
que le temps de te remettre un peu tes petits boyaux.
Pendant ce temps-là nous mettrons une grande économie dans notre dépense et puis nous
avons 50 francs dont nous pouvons disposer en toute sécurité de conscience, Claire étant chez moi. Ainsi, mon cher petit Toto chéri, tu n’as pas à te tourmenter
pour ma maison. Je te prie de te tourmenter pour ma santé qui a besoin de la tienne
pour être bonne. Je te prie d’avoir de la sollicitude pour mon bonheur qui consiste
dans la possession de la chère petite personne en bon état.
Pauvre petit enfant, je sais bien ce que tu souffres car ce que tu éprouves, je
l’éprouve. C’est une attention du bon Dieu de m’envoyer en même temps que toi les
mêmes maux. Je veux qu’il en soit toujours ainsi. Je veux souffrir quand vous
souffrirez. Ainsi, arrangez-vous pour vous bien porter tout de suite.
Mon cher
adoré, je t’aime, mon Victor, mon grand Victor, je suis à tes pieds, à tes genoux,
je
les baise de toutes mes forces.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
