« 22 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 248-249], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9715, page consultée le 24 janvier 2026.
22 décembre [1835], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon petit Toto chéri, comment as-tu passé la nuit, mon cher adoré ? Il a
fait bien froid et tu paraissais bien fatigué hier au soir. Mon cher petit homme,
mon
bien-aimé, je t’aime avec le cœur, je t’aime avec tout mon être, je t’adore.
J’ai très bien dormi. Seulement, toute la nuit j’ai chevauché sur les montures et
en
compagnie des personnages de Goya. Il ne m’est arrivé aucun
accident du reste. Bêtes et gens se sont conduits avec beaucoup de douceur et de
politesse. Quand vous me verrez, mon petit homme chéri, vous me trouverez parfaitement
remise de ma cavalcade de nuit et de JOUR.
Je vais faire monter la portière parce
que chez moi, il y a une fumée épaisse quoique je n’aie pas de feu. C’est ben agréable.
Mon cher petit homme, si vous saviez
combien je vous aime, vous seriez bien joyeux dans le fond de votre âme. Si vous
saviez combien votre pauvre Juju s’inquiète de votre chère petite personne, vous
laisseriez là pour quelque temps vos travaux nocturnes pour ne faire que dormir et
vous dorlotera dans les bras de
votre petite femme. Voilà ce que vous feriez, mon cher petit homme.
En attendant
que vous vous rendiez à mes bons conseils, je vous aime. Je vous habille de baisers
depuis les pieds jusqu’à la tête pour que cela vous tienne bien chaud. C’est une
précaution qui peut ne pas être inutile par le temps qui court.
Juliette
a « dorlotter ».
« 22 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 251-252], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9715, page consultée le 24 janvier 2026.
22 décembre [1835], mardi soir, 8 h. ¼
Mon cher petit homme, il m’est arrivé toute sortes d’aventures : la première de
toutes, c’est qu’après avoir bien arrangé mon feu et au moment où il s’allumait, la
bûche du fond est tombée en entraînant tout avec elle. J’ai voulu la relever mais
elle
me prenait trop de temps. J’ai mieux aimé t’écrire et je n’ai pas de feu, ce qui est
très héroïque et très amoureux par cette température.
La seconde de mes
tribulations, c’est qu’il n’y avait plus que dix huîtres chez la marchande, ce qui
m’a
rogné mon dîner d’autant, car j’ai fort peu mangé de ratatouille et pour cause. Je
passe sous silence mes autres infortunes, me réservant de vous les conter moi-même
lorsque vous viendrez me voir.
Mais mon cher petit homme, je vous aime trop.
C’est bête. Vous devriez mettre bon ordre à cela. Je vous prie de me donner des grands
coups de poings dans le nez et encore toute réflexion faite, cela ne servirait à rien.
Je suis d’une pierre dont on tire du feu en la battant. Je ne vois donc aucun moyen
de
m’empêcher de vous aimer comme une insensée. J’en prends bravement mon parti et je
vous aime de toutes mes forcesa.
Juliette
a « me forces ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
