17 août 1848

« 17 août 1848 » [source : BnF, Mss NAF 16366, f. 269-270], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4932, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, avare, bonjour, filou, bonjour, voleur, bonjour, PAUVRE, bonjour, je t’aime mais je regrette ma pièce [de] quarante sous. Je la regretterai toujours, voilà mon opinion. Une autre fois je ne vous ferai plus crédit, c’est trop chanceux, surtout maintenant que la contrainte par corps est abolie1. Hélas ! que ne l’est-elle aussi abolie par COR : je ne serais pas aussi inquiète ce matin de savoir comment me transporter jusqu’à la Madeleine. La coupure s’est envenimée et enflammée et à l’heure qu’il est mon bas même me fait un mal horrible et toute ma jambe est douloureuse. Cependant j’irai, quand je devrais y arriver à quatre pattes. Je ne suis pas assez bête pour épargner mon pied aux dépensa de mon cœur. Tant pire pour lui mais je veux aller vous trouver et j’irai. D’ailleurs les omnibus ne sont pas faits seulement pour les toutous et les représentants du peuple. Les Jujus peuvent en user quand leurs moyens le leur permettent. Les munisb sont à la hauteur de la pièce [de] quarante sous dontc vous m’avez flouée. C’est ce qui fait que j’en use immodérément et que je vous baise et vous aime de même.

Juliette


Notes

1 La contrainte par corps a été abolie le 19 mars 1848.

Notes manuscriptologiques

a « au dépend ».

b « Les muni ».

c « que ».


« 17 août 1848 » [source : BnF, Mss NAF 16366, f. 271-272], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4932, page consultée le 24 janvier 2026.

Je me dispose à aller te trouver, mon bon petit homme, mais ça n’est pas sans un frémissement d’horreur en pensant qu’il faut que je me chausse. Je suis pourtant bien courageuse, mais la douleur est si vive que je ne veux pas en triompher. Il n’y a que le désir et la joie de te voir qui soient assez forts pour me faire mépriser mon bobo. Aussi dès à présent je ne tiens plus aucun compte de mon mal et je le jette à COR perdu dans mon brodequin. Il se tirera de là comme il pourra, cela ne me regarde plus. Baisez-moi, vous, et rendez-moi mon argent tout de suite. J’ai vu hier la pauvre mère de Corot et son père. La pauvre femme veut suivre son fils absolument. Du reste elle m’a avoué qu’elle était séparée de corps et de bien de son mari depuis 18 ans, ceci avant que son mari ne soit chez moi. Elle n’a pour toute fortune à elle que 2000 francs. Son mari a à peu près une centaine de mille francs mais elle craint qu’il ne veuille rien faire pour son fils. C’est pour cela qu’elle me priait de le voir pour lui parler à ce sujet, ce que j’ai fait avec empressement. Je lui ai dit qu’il fallait qu’elle consultâta un homme de loi pour savoir quels étaient les droits que son fils pouvait avoir dans la position où il se trouve. Du reste le mari m’a paru bien disposé pour son fils et très touché des efforts que tu avais fait pour le sauver1. Voilà, mon petit homme, avec la visite de Mme Guérard, l’emploi de ma soirée hier. Et puis je t’aime sans envers, en long et en large, en avant et en arrière par tous les bouts et dans toutes les directions.

Juliette


Notes

1 Au lendemain des journées de juin 1848, Victor Hugo et un grand nombre de représentants du peuple entreprennent un véritable combat contre les arrestations de masse, les condamnations et déportations orchestrées par le général Cavaignac. Nommé vice-président d’une réunion de députés venus pour visiter les détenus de juin, Victor Hugo est intervenu durant le mois de juillet 1848 en faveur d’un grand nombre de prisonniers, menacés d’exécution ou de déportation.

Notes manuscriptologiques

a « consutat ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.

  • FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
  • 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
  • 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
  • 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
  • 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
  • 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
  • 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
  • NovembreElle s’installe cité Rodier.
  • 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.