14 septembre 1845

« 14 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 284-285], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12197, page consultée le 24 janvier 2026.

Quelle joie, mon Victor, quelle douce nuit, quel ravissement c’était de te sentir couchéa auprès de moi ! J’écoutais ta respiration qui est pareille à celle d’un enfant endormi. Les événements, les soucis, le travail ont beau nous séparer pendant des mois et des années entières, le jour où tu te rapproches de moi, tout ce que j’ai de passion, de tendresse, de volupté et d’amour se réveille plus jeune et plus ardent que jamais. Tu as pu t’en convaincre cette nuit.
Cher adoré, mon bien-aimé, mon bonheur, mon amant bien aimé, je t’aime, je pense à toi, je t’adore.
Clairette vient de revenir de chez ces messieurs1. Il paraît que tout s’est passé d’une manière satisfaisante. Elle doit y retourner dimanche, ce qui renverse encore une fois la fameuse partie du lapin2, mais le devoir avant tout.
Je ne sais pas quel jour je prendrai avec les petites filles. Mais dans tous les cas où ce serait un des tiens, je me réserverai la faculté de le changer. Il est convenu entre MM. Varin et Dumouchel qu’on fera faire une demande à Claire pour obtenir la faveur de passer aussitôt la rentrée des classes. Il est impossible de mettre plus de zèle et plus de gracieuse obligeance que n’en mettent ces deux messieurs. Grâce te soit rendue, mon Victor adoré, puisque c’est à toi seul que nous devons ce bon accueil. Voilà un bien vilain temps, mon Toto. L’influence marécageuse de ma péronnelle se fait sentir dès le premier jour. Il est probable qu’en voilà pour quinze jours, d’autant plus que le mauvais temps prend avec la pleine Seine. Quel ennui pour tout le monde et en particulier pour toi et pour tes pauvres gamins. Je ne suis pas contente du bon Dieu. Il aurait bien pu attendre la fin des vacances pour nous vider toutes sortes de choses sur la tête, c’est mon opinion et je la lui dirai à lui-même quand il voudra.
Mon Victor adoré, mon Toto ravissant, je te souris, je t’aime, ô oui, je t’aime. Ce mot-là dans ma bouche contient tout mon cœur, toutes mes pensées, toute ma vie et toute mon âme. Mon Victor, mon petit Toto, mon amour, mon bonheur, ma joie, je t’adore. Pense à moi de ton côté et aime-moi, je le sentirai malgré la distance.

Juliette


Notes

1 Les répétiteurs de Claire, MM. Dumouchel et Varin.

2 S’agit-il d’un jeu ? À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « coucher ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.