14 août 1845

« 14 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 148-149], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12104, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, comment vas-tu ce matin ? Tu n’es pas revenu hier au soir, d’où je conclus que tu es allé avec tes enfants, à moins que tu n’aies préféré rester chez toi ? J’espère que dans aucun de ces deux cas, tu ne te seras pas fatigué et que je te verrai aujourd’hui ?
Mon Victor chéri, je me suis couchée médiocrement satisfaite, car je t’avais à peine vu. Je me disais que, puisque tu devais être rendu chez toi à cinq heures et demi, tu aurais pu venir plus tôt. Si je me suis trompée, et si cela n’était vraiment pas possible, je te demande pardon, car ce n’est pas une raison, parce que je t’aime trop, pour être injuste et méchante. Comment vas-tu aujourd’hui, mon Toto ? Comment t’a trouvé M. Louis ? Toujours de mieux en mieux ? Ton rhume persiste-t-il toujours ? Sans lui tu aurais pu prendre des bains, ce qui aurait avancé ta guérison de beaucoup. Enfin il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher et s’estimer encore trop heureux d’en être quitte pour un mois d’ennui et de précaution. Quand ce sera fini, je te demanderai avec instance une journée tout entière de bonheur et d’amour. Je crois que je ne l’aurai pas volée. D’ici là, il faut que je m’exhorte à la patience et que je mette un bâillon à ma grognerie, deux choses également difficiles pour moi pour ne pas dire impossibles. Baise-moi, mon petit Toto bien aimé, et tâche de m’aider dans cette besogne en venant de très bonne heure aujourd’hui. Je te baise et je t’adore.

Juliette


« 14 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 150-151], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12104, page consultée le 24 janvier 2026.

Est-ce que tu ne vas pas venir tout de suite, mon bien-aimé ? Tu m’avais bien promis pourtant que tu passerais la plus grande partie des heures de la journée avec moi tout le temps que durerait ta convalescence. Jusqu’à présent, cela ne t’est encore arrivé que deux fois. Aujourd’hui j’espérais que tu serais venu plus tôt pour me dédommager du peu de temps que tu m’as donné hier. Mais je vois bien que tu n’y penses pasa. Cher mignon, je ne veux pas grogner, je ne le veux pas absolument. J’aime mieux croire que tu m’aimes et que tu ne peux pas venir. Pourvu que tu ne sois pas malade et que tu viennes tout à l’heure, je serai la plus heureuse des femmes et je pousserai mon cri de joie : quel bonheur !!!!!!!!!b
C’est aujourd’hui que le fameux nautonierc1 doit venir chez moi, mais comme sa mère est d’une très mauvaise santé, je n’y compte pas. Du reste, cela ne me dérangera nullement. Soit qu’il vienne ou ne vienne pas, Eulalie est là pour le recevoir s’il vient. Si je pouvais voir ta jolie petite forme poindre à l’horizon de ma porte cochère dans ce moment-ci, Dieu sait si je m’occuperais d’autre chose. J’ai reçu une lettre de Brest n’ayant pas d’autre intérêt que des nouvelles de santé et de famille. Mon beau-frère doit aller passer quelques jours avec le principal. On sent que ces pauvres gens ne sont rien moins que tranquilles sur l’issue de leur réclamation, et ils ont raison. Mais qu’y faire ? Les Paul, les Thierry, les Pradier et le reste rendent l’affaire presque impossibled en ce qui te concerne et puis j’ai l’affreux égoïsme de [sentir ?] que tout cela m’est égal et que je donnerais tout ce monde-là et ce qui les intéresse pour un baiser de toi.

Juliette


Notes

1 Il s’agit du fils de Mme  Rivière. Juliette l’évoque dans une lettre du 17 août 1845, f. 160-161 : « Un pauvre matelot à peine dégrossi, mais modeste, si ce mot peut s’appliquer à un homme quelconque et en particulier à un apprenti nautonier. »

Notes manuscriptologiques

a « tu n’y pense pas ».

b Neuf points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.

c « nautonnier ».

d « presqu’impossible ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.