« 11 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 153-154], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11503, page consultée le 24 janvier 2026.
11 décembre [1843], lundi soir [5 h. ?]
J’espère mon Toto adoré que vous ne me ferez pas payer trop cher le bonheur de ce
matin et que vous allez venir tout à l’heure ? J’espère aussi que vous ne serez pas
deux mois et demia entre ce
déjeuner-ci et un autre ? Vous en voyez d’ailleurs les inconvénients sans parler de
mes maux de tête et de tous les autres petits malaises qui s’y rattachent. Il faut
mon
cher petit homme que vous repreniez vos anciennes habitudes, qui sont encore les
meilleures et les plus douces, vous verrez que vous vous en trouverez bien et moi
aussi.
J’ai vu Jourdain tantôt. Il
enverra chercher les deux chaises lundi prochain et il me les rendra tout de suite.
Je
lui ai dit pour sa note qu’il m’avait envoyéeb cet été avant notre voyage, que tu la
lui paierais après le mois de janvier. Je ne sais pas si j’ai bien fait ? Dans tous
les cas où cela te gênerait, tu en serais quitte pour lui fixer un autre moment. Voici
probablement Mme Lanvin. Justement c’est elle. J’achèverai plus tard.
11 h. ¼, lundi soir
Voilà déjà plus d’une heure que la mère Lanvin est partie mais j’avais mes comptes à faire. Je me suis déshabillée toute prête à me coucher et j’ai éteint mon feu. Je voudrais bien que tu viennes assez tôt. Je vais m’empêcher d’achever ce stupide gribouillis que j’aurai tout le temps, malheureusement, de finir demain. J’ai peur que tu ne me reprennes d’un autre côté le pauvre petit moment de bonheur que tu m’as donné ce matin. C’est assez ton habitude et j’en tremble d’avance. Ce serait infâme mais qu’y faire ? T’arracher les yeux ? Ce serait trop doux pour le mal que tu me fais. J’aime mieux te pardonner sans avoir le mérite de la générosité. Mais ne vous y habituez pas et venez tout de suite.
Juliette
a « demie ».
b « envoyé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
