« 4 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 125-126], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11496, page consultée le 24 janvier 2026.
4 décembre [1843], lundi matin, 10 h. ¼
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher cher bien-aimé. Comment vont tes pauvres
yeux ce matin ? Comment m’aimes-tu, mon Toto ? J’ai rêvé de toi toute la nuit mon
cher
bien-aimé. Pauvre adoré que Dieu te bénisse et te préserve de tout mal.
Ma fille
est partie ce matin avant huit heures. Bien m’avait pris de me réveiller à sept heures
pour faire lever la servarde et elle car sans
cela elle n’aurait pas été prête. Elle est repartie en me faisant des bonnes promesses
qu’elle me tiendra plus ou moins, trop heureuse encore qu’elle y apporte une grande
bonne volonté d’intention.
Je continue à n’être pas très contente de Mme Marre. Il est
impossible de mettre moins de bonne grâce, moins de convenance et moins d’obligeance
que cette femme n’en met dans ses relations avec moi et pour tout ce qui regarde ma
fille. Enfin, elle y est, il faut qu’elle y reste parce que rien ne serait plus
fâcheux que de la changer de pension dans ce moment-ci. Mais je n’en suis pas moins
blessée des procédés revêches de cette femme. Quelle différence avec sa sœur, la bonne
Mlle Hureau !
Celle-ci est la douceur, la simplicité et la bonté en personne ; l’autre est la
roguerie, le pédantisme et la sécheresse en chair et en os.
Je me garde bien de laisser voir mon opinion sur cette dernière à Claire parce que déjà elle l’a trop dans le nez, ce
qui est très fâcheux pour elle. Mais je sais ce que je sais et ce que je sens.
Il
sera dit, mon pauvre adoré, que je t’écrirai toujours des billevesées indifférentes
pour toi tandis que j’ai le cœur plein d’amour et d’adoration. Je te demande pardon,
mon pauvre ange, de mêler à des paroles d’amour des détails de maison qui ne
t’intéressent pas. Mais bien souvent je le fais pour remplir des pages et ne pas
laisser le temps et la place à des choses profondément tristes et douloureuses de
sortir. Ce matin par exemple et à l’heure où je t’écris j’ai le cœur plein de tristes
souvenirs. Je voudrais pleurer sur tes pieds, je voudrais mourir pour t’empêcher de
souffrir. Ô je t’aime mon Toto.
Juliette
« 4 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 127-128], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11496, page consultée le 24 janvier 2026.
4 décembre [1843], lundi soir, 5 h. ½
Merci, mon pauvre ange doux, merci tu es bon, tu es indulgent, tu es adorablement doux et charmant. Mais j’ai été une vieille méchante, ce soir, mais c’est que, vois-tu, la nature me joue souvent des vilains tours. Elle me rend toute nerveuse et toute malingre ; elle ne se contente pas de m’endolorir tout le corps, elle s’attaque encore à l’âme, ce qui fait que je ne sais où me fourrer et que devenir. Tantôt, j’étais dans un de ces excès-làa, j’aurais donné tout au monde pour trouver une diversion à l’humeur noire qui m’emplissait le corps, l’esprit et le cœur. C’est pour cela, mon cher adoré bien-aimé, que je t’ai presque tourmenté pour me mener chez la mère Pierceau et pour m’y laisser une partie de la soirée. Le jabotage m’aurait probablement soulagée. Parler de toi c’est un bonheur aussi. Mais, mon cher bien-aimé, je comprends, que de reste, que tu ne te sois pas trouver libre de satisfaire ce petit besoin ou ce petit caprice, comme tu voudras l’appeler, juste au moment où je te le demande. Je regrette même d’avoir tant insisté auprès de toi. Ordinairement je suis plus raisonnable n’est-ce pas ? Je te demande pardon pour ce soir, c’est que je souffrais réellement. Je serai bien vite guérie si tu viens de bonne heure et si tu restes un peu de temps auprès de moi. Il n’y a pas de seaub d’eau de promise, quelle quec fraîche qu’elle soit, et si bien lancé sur la carcasse de patient qu’on puisse le faire, qui vaille pour moi un sourire de ta ravissante bouche, un baiser, un regard, un souffle de ton être adoré et charmant. Pense à cela, mon bien-aimé, et viens bien vite.
Juliette
a « accès-là ».
b « sceau ».
c « quelque ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
