« 26 février 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 202-203], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9044, page consultée le 25 janvier 2026.
26 février [1840], mercredi, 1 h. après midi
Bonjour, mon Toto, bonjour mon cher petit homme, bonjour ma joie. Vous ne
voulez pas qu’on vous parle de votre anniversaire aussi je me tais mais je n’en
pense pas moins et je bénis Dieu TRENTE-HUIT MILLE FOIS1 de vous avoir fait ce que vous êtes : le
plus beau, le plus charmant, le meilleur, le plus noble et le plus ravissant
des hommes.
Claire est arrivée ce matin, c’est
Lanvin qui l’a amenée mais je ne
l’ai pas vu. Il paraît que sa pauvre femme est toujours bien malade, du reste
il a dit à Mlle Hureau de tenir la note de la pension prête parce que probablement
il apportera l’argent en ramenant Claire. J’ai la petite Julie qui est très gentille et qui demande
de vos nouvelles avec fureur. Moi j’ai un mal de tête inepte, je ne peux ni
manger, ni respirer, ni parler, ni penser, chose assez inutile il est vrai pour
quelqu’un qui n’en fait pas usage habituellement. Voici Résisieux. Il est très difficile de
s’entendre avec ces trois petites femelles qui crient à qui mieux mieux. Enfin
les voici parties, tant mieux tant mieux et j’ai trop mal à la tête pour
supporter courageusement ce tapage. C’est donc aujourd’hui que vous n’avez plus
37 ans. J’en suis vraiment bien aise ainsi tant pire pour vous je ne dirai
jamais autrement du moins tant que vous m’aimerez je me réjouirai que vous
soyez au monde. Baisez-moi mon Toto et tâchez de me faire sortir. C’est
vendredi que Claire rentre à la pension, nous n’avons donc que demain et
aujourd’hui pour lui donner un peu de récréation, la mienne est de vous voir et
de vous baiser.
J. Droüet
1 Hugo a trente-huit ans.
« 26 février 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 204-205], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9044, page consultée le 25 janvier 2026.
26 février [1840], mercredi soir, 6 h. ½
Nous voici donc colloquées pour toute la soirée dans nos FOILLIERS. Vous auriez dû, vieux vilain, en l’honneur de vos QUARANTE ANS, je veux dire de vos quarante académiciens nous faire sortir ce soir, mais vous ne savez rien faire à propos, vous êtes une bête. À propos de bête, celle de l’archevêque en est une de bêtise très drôle1. Il sera dit que pas un genre d’illustration ne manquera à votre candidature : Molière avait fait pour cette occasion (prévue de toute éternité) M. Fleurant2 ; Mlle XXX vous fait presque archevêque et l’opinion publique vous sacre roi, moi je vous déifie quoique je ne m’appelle pas Sophie et que vous soyez plus beau que Mirabeau3 qui était fort laid à ce que dit l’histoire. Enfin toutes les indignitésa et toutes les dignitésb vous sont prodiguées en cette circonstance, moi je vous prodigue mon amour sans prétexte, sans raison, sans candidature uniquement parce que je vous aime, que je vous aime et que je vous aime. Que dites-vous de ce hasard qui m’amène ma fille juste le jour où Dieu la fait femme ? N’est-ce pas un fait exprès très bien fait ? Si tout était aussi bien adressé dans ce monde il n’y aurait pas tant de gens qui se trouvent sans se chercher et tant d’autres qui se heurtent sans trouver. Dieu m’a aussi conduite par la main le jour où il m’a fait vous rencontrer, mon adoré, et je l’en remercie tous les jours en vous aimant de toute mon âme. C’est bien vrai mon Toto que je t’aime de toutes mes forces, de tout mon cœur et de toute mon âme.
Juliette
1 Hyacinthe-Louis de Quélen, archevêque de Paris, décédé le 31 décembre 1839, a laissé un fauteuil d’académicien à pourvoir.
2 Jeu de mot avec le nom du nouvel académicien élu le 20 février, M. Flourens. Hugo n’a pas été élu.
3 Allusion aux amours de Sophie de Monnier et de Mirabeau et à leur correspondance.
a « indignitées ».
b « dignitées ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
