17 novembre 1839

« 17 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 59-60], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10335, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit bien-aimé. Bonjour, mon adoré petit homme. Bonjour, mon Toto. Comment que ça va mon pauvre amour ? Tu étais éreinté cette nuit, aussi j’ai fait tout mon possible pour ne pas ajouter à ta fatigue mais je souffrais de te voir si las et si absorbé. Je me reprochais d’en être en grande partie la cause quoique cependant il ne soit humainement impossible de faire autrement. J’ai hâte [d’essayer de mon travail ?]. Pour un rien je ferais un coup de tête et j’irais m’offrir au premier théâtre venu. La crainte de te déplaire m’arrête sans cesse mais il faudra bien cependant qu’il y ait une fin très prochaine à cet état de chose que ni toi ni moi ne pourrons supporter longtemps. Je t’en prie, mon Toto. Je t’en suppliea, mon petit homme. J’ai vu une lettre de [Masson ?] cette nuit. Il paraît que tout le monde se mêle de cette cacadémie ? Les procureurs généraux, les ministres, [des ?] sous-préfets, les rois et jusqu’au simple bureaucrate, tout le monde voudrait vous voir dans le glorieux fauteuil qui n’est pas même rembourré. Quant à moi qui par mon éducationb mon esprit et mes affections ne suis rien moins que CLASSIQUE, je ne dis rien, je laisse les autres pousser, tirer, hurler et blasphémer à leur façon sans m’en émouvoir davantage trouvant charmant que vous fassiez la figue à tous ces gens-là dont pas un ne va à votre cheville. Je t’aime et je voudrais que tu ne sois qu’à moi. Aussi je suis ravie que tu ne t’embarquesc pas dans une série de démarches qui auraientd pour résultat de t’éloigner de moi davantage. C’est déjà bien trop comme ça.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « suplie ».

b Au-dessus de ce mot, Juliette a ajouté celui d’« orthographe ».

c « t’embarque ».

d « aurait ».


« 17 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 61-62], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10335, page consultée le 24 janvier 2026.

Je n’ai vu encore personne, mon amour, excepté Résisieux qui fait les quatre coups dans la maison dans ce moment-ci. Mais [de] MmePierceau, mais de chez Manière, aucune nouvelle. Si je pouvais avoir l’espoir de passer la soirée avec toi il me serait tout égal de rester seule comme un pauvre loup mais à défaut de toi j’aime à voir un visage humain à qui parler de toi. C’est ce qui fait que je compte les jours et les heures qui doivent m’amener Mme Pierceau. Il est possible que ne me voyant pas mettre les pieds chez elle depuis que je suis revenue, elle se pique et qu’elle reste chez elle, auquel cas je n’aurais qu’à me résigner et à me contenter de Résisieux pour toute conversation et pour tout épanchement. Tu ne comprends pas ces besoins-là, toi, parce que tu m’aimes sobrement et avec tempérance mais moi qui n’ai jamais assez de toi et qui t’aime avec passion et furie, je ne suis pas fâchée d’avoir quelquefois l’occasion de verser le trop-plein de mon amour et de mon admiration dans une oreille quelconque. J’aimerais mieux te voir. J’aimerais mieux te baiser. J’aimerais mieux courir les aventures avec toi mais il n’est pas question de ce que je préfère mais de ce qui peut me faire supporter ton absence. Je t’aime. Tâche de venir bientôt. Pense à moi, plains-moi et aime-moi. Jour Toto. Il y a bien longtemps que vous n’êtes venu déjeuneravec moi. Vous seriez bien ravissant de venir cette nuit. Je serai bien joyeuse.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.