« 30 mai 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 159], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2539, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey 30 maia [18]73, vendredi, 6 h. du m.
Bonjour, mon cher bien-aimé, je te souris et je t’adore. Comment as-tu passé la nuit ? Bien, je l’espère, moi aussi très bien ; mais comme il faut que je geigne toujours pour ceci ou pour cela je me plains ce matin d’un fort mal de tête. Je compte qu’il se dissipera au fur et à mesure que le soleil se débarbouillera de ses nuages. Je n’ai pas pu constater si tu es déjà levé parce que je n’ouvre ma porte qu’à sept heures pour laisser mes suivantes dormir jusqu’à [illis.]. Quant à ce que tu désires de Suzanne, je ne doute pas qu’elle s’empresse de le faire comme c’est son devoir et son honneur. Quant à Blanche je crois qu’il suffit qu’elle serve à table le soir. Au reste il va sans dire que tout le monde, moi en tête, nous sommes tes très humbles et très heureuses servantes. N’est-ce pas aujourd’hui que doit arriver le jeune Pelleport1 ? Il me semble qu’il aurait dû t’écrire auparavant ? Après cela je ne connais pas les usages usités en pareil cas, ce qui fait que je retire mon observation. Je t’aime, je t’aime, je t’aime, voilà touteb ma science.
1 Adolphe Pelleport, jeune poète républicain et journaliste, ami de Victor Hugo et d’Auguste Vacquerie.
a « août », corrigé en « mai ».
b « tout ».
« 30 mai 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 160], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2539, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey 30 mai [18]73, vendredi soir, 3 h.
Tu m’as fait dire ce matin par Suzanne, mon
cher adoré, que tu avais bien dormi et que tu te portais très bien ; j’espère que
c’est bien vrai et je m’en réjouis de tout mon cœur. Tu as eu encore la bonté de
t’informer de moi et je t’en remercie en t’affirmant que j’ai dormi comme un plomb
et
que tous mes bobos se tiennent tranquilles pour le moment.
Tu as dû recevoir un
fort et intéressant courriera
aujourd’hui si j’en crois le rapport de la chaste Suzanne1 qui se trouvait à ta
porte tantôt en même temps que le facteur. Pour moi, s’il m’était donné de choisir
parmi les nouvelles celles que tu désirerais recevoir entre toutes les autres, je
sais
bien celles que je t’enverrais. Malheureusement je n’ai pas voix au chapitre, ce dont
j’enrage et je souffre pour toi. Tout vient à point à qui sait attendre, dit le
proverbe, espérons que nous en auronsb
bientôt le cœur net. Jusque là, il faut faire de nécessité vertu et nous aimer encore
plus si c’est possible. Je pense avec une joie anticipée que d’ici à quinze jours
je
collationnerai ton livre ÉTOILE QUATREVINGT-TREIZEc : QUEL BONHEUR !
1 Juliette désigne ici sa servante, en jouant plaisamment d’une allusion : La Chaste Suzanne est un plaisant vaudeville de Barré, Radet et Desfontaines, qui fit un scandale politique en janvier 1793, parce qu’un enfant défendant la pauvre Suzanne y lançait aux vieillards : “vous êtes ses accusateurs ; vous ne sauriez être ses juges.” On y avait compris une allusion (involontaire) au procès de Louis XVI. Juliette Drouet utilise fréquemment cette épithète devenue homérique sous sa plume, pour désigner sa servante.
a « courier ».
b « auron ».
c « QUATREVINGT TREIZE ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
