« 29 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 343-344], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11652, page consultée le 24 janvier 2026.
29 mars [1844], vendredi matin, 10 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme. Bonjour, je t’aime de
toute mon âme. Comment va ton rhume ce matin ? Comment va ton pauvre cœur triste ?
Car, tu as beau faire tous les efforts pour me cacher ta tristesse, mon cher adoré,
je
m’aperçois bien qu’elle existe et je la partage. Je la partage mais je ne voudrais
pas
y ajouter quand il s’agirait de ma vie. Aussi, mon Toto chéri, je te suppliea de ne pas t’inquiéter de moi quand tu
travailles. Je saurai me résigner, mon Toto chéri, et attendre que tu aies fini
surtout si je ne te vois pas triste et inquiet comme je te vois depuis plusieurs
jours.
Je t’en prie à genoux, mon Toto, ne te préoccupeb pas de moi, je serai patiente et
courageuse pourvu que je te voie calme et bien portant. J’attendrai tant que tu
voudras, autant qu’il le faudra. Je ne me plaindrai pas, tu verras. Je t’aime, moi,
tu
le sais bien, n’est-ce pas mon Toto ?
Il faut prendre de ce sirop puisque tu as
encore un peu de rhume. Cela ne peut que te faire du bien. Voilà aussi un temps très
favorable s’il ne change pas. Je n’ai pas eu l’héroïsme de te faire penser à écrire
aux diverses gensc à qui tu voulais
écrire hier. Je devais te voir si peu que je n’ai pas eu la générosité d’en perdre
une
seule goutte au profit de qui et de quoi que ce soit. Je vous en demande pardon mais
voilà comme J’AI ! Baisez-moi, cher petit, pensez à moi et aimez-moi. Je vous le
rendrai que de reste, vous pouvez y compter.
Juliette
a « suplie ».
b « préocupe ».
c « divers ».
« 29 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 345-346], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11652, page consultée le 24 janvier 2026.
29 mars [1844], vendredi après-midi, 2 h. ¾
Je pense à toi, mon adoré, je te désire, mais je me résigne d’avance à ne te voir
que
ce soir car je sais que tu travailles. Ne t’inquiète pas de moi, je serai patiente
et
courageuse. Je viens d’envoyer porter tes mouchoirs à Claire parce qu’elle n’avait pas pu les emporter lundi ayant une visite
à faire à son médecin. Je les lui recommande bien, nous verrons bien comment elle
s’en
tirera cette fois-ci. Il fait un temps à manger tout cru. Quel dommage que tu sois
accablé de besogne comme tu l’es, mon cher petit homme, nous en aurions profité bras
dessus bras dessous et nous aurions été bien heureux au lieu de …. Mais parlons
d’autre chose.
Je viens de baigner, ou pour mieux dire de noyer, mes deux
pauvres oiseaux. Dans la bagarre Floride1 m’a mordu le doigt mais sans le vouloir. Cette pauvre bête, je
dois lui rendre cette justice qu’il est très doux avec moi. Il réserve toute sa
férocité pour Suzanne qui le lui rend bien.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Il faut bien recommander à Dédé de ne pas jeûner. Je crains que tu n’aies pas
pensé à le lui dire hier. Avec sa disposition au mal d’estomac, tu comprends qu’elle
se donnerait une gastrite, tout bonnement, si elle faisait le carême de cette
façon-là. Je vous aime, mes chers petits. Je t’adore, toi, je ne veux pas que vous
souffriez ni les uns ni les autres. Je ne le veux pas, entendez-vous. Baise-moi, pense
à moi, aime-moi.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
