3 décembre 1872

« 3 décembre 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 333], transcr. Bulle Prévost, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9977, page consultée le 26 janvier 2026.

J’ai le double regret, mon pauvre adoré, que tu te sois exposé à t’enrhumer dans cet ouragan de pluie et de vent et de n’en avoir pas profité tant je croyais peu à cette nouvelle imprudence de ta part. Tout en allant et venant dans mon cabinet je regardais ta maison, comme je fais toujours même quand je n’ai pas l’espoir, comme ce matin, de te voir. C’est comme cela que je me suis aperçuea tout de suite que tu venais de passer entre mes deux yeux qui ne t’ont pas vu, ce dont je suis très humiliée et très triste. Chaque fois que ce guignon m’arrive, je me battrais si je le pouvais. Enfin, pourvu que tu ne te ressentesb pas plus tard de ta trop grande bonté pour moi, c’est tout ce que je demande à Dieu. Il n’est pas probable que le Packet1 se soit mis en route par cette affreuse tempête : donc, pas d’espoir de nouvelles directes de ta famille encore ce matin. Heureusement que tu sais de plusieurs côtés qu’elle va bien et que ton petit Victor2 est en voie de parfaite guérison, c’est de quoi faire prendre patience jusqu’auc jour béni où tu n’auras plus aucune inquiétude. Je pense en ce moment que nous devons avoir à payer prochainement le terme de janvier de la rue Pigalle3. Nous pourrons, si tu le veux, pour épargner cette peine à M. P. Meurice, charger la mère Lanvin de cette commission. À ce propos, je te prierai de faire remettre à cette brave femme, le moment venu, une petite somme d’argent que sa fille lui destine pour ses étrennes. Je ne sais pas encore combien, mais je lui ai promis que je te demanderaid d’avoir la bonté de lui épargner les frais de poste si tu peuxe. Tu vois, mon ineffable grand, bien bon et bien généreux adoré, que tout le monde a recours à toi : les petits et les grands, voire même les grosses Jujus comme moi qui ne vis que par toi et pour toi. Sois béni.


Notes

1 De l’anglais « packet boat », bateau destiné au transport de voyageur.

2 François-Victor Hugo, en mauvaise santé depuis quelques temps. Il mourra de la tuberculose l’année suivante, le 26 décembre 1873.

3 Juliette Drouet vit alors au 55 rue Pigalle à Paris, juste en face du logement de Victor Hugo, alors logé au 66 rue de la Rochefoucauld.

Notes manuscriptologiques

a « aperçu ».

b « ressente ».

c « aux ».

d « demanderais ».

e « peu ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.

  • 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
  • 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
  • 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
  • 16 marsActes et Paroles.
  • 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
  • 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
  • 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
  • 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.