« 6 juin 1847 » [source : Harvard], transcr. Marva Barnett et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3734, page consultée le 10 août 2026.
6 juin [1847], dimanche après-midi, 4 h ½
Je compte sur ta bonne promesse, mon doux adoré, et c’est avec elle que je me tiens
compagnie et que j’attendrai avec courage jusqu’à ce soir. Je suis triste de te savoir
tourmenté au
sujet de tes banquiers. J’espère encore qu’ils résisteront à la crise1 qui les secoue dans ce moment-ci, mais en attendant je voudrais prendre pour moi
seule tous tes ennuis et toutes tes inquiétudes. Ça ne serait qu’une juste
répartition pour moi qui ne suis utile à rien et qui te laisseraisa le loisir de faire tes chefs-d’œuvre2 à tête reposée. Décidément le bon Dieu pionce dans quelque coin du ciel et il laisse
la terre faire toutes sortes de stupidités pendant ce temps-là. J’ai bien envie de
prendre mes jambes à mon cou et d’aller le réveiller un peu. Tu vois, mon pauvre adoré,
que je te souris et que ma fatigue et ma longue indisposition s’effacent
devant l’espoir de te voir. Merci, mon Victor, merci, mon adoré, je t’aime du fond
du cœur.
Je pense que Joséphine viendra m’aider à manger
mon bouillib froid et surtout m’allumer mon feu pour faire chauffer ma soupe. J’ai eu la précaution
d’écrire
à tous mes dimancheurs de ne pas venir parce que je prévoyais que les ouvriers n’auraient pas fini3. Bien m’en a
pris à cause de cette pauvre Suzanne et de sa partie de plaisir. Je ne compte donc absolument que sur ma vieille Joséphine ;
laquelle dans tous
les cas s’en ira à huit heures et demie du soir. Du reste, je ne me suis pas ennuyéec et j’ai mis mon temps à profit. Rien ne me
manquerait si tu étais là. Tu es ma joie, mon bonheur, mon univers et mon tout. Je
t’adore.
Juliette
1 En 1847, les faillites se multiplient, de nombreuses actions sont à la baisse, le chômage se généralise.
2 Le 1er juin, Victor Hugo a repris la rédaction des Misères, futurs Misérables, qu’il avait interrompue le 18 avril pour préparer un discours sur les prisons.
3 « Il y a des maçons qui travaillent au rez-de-chaussée du no 12 de la rue Sainte-Anastase. » (Victor Hugo, Journal de ce que j’apprends chaque jour, 5 juin 1847.)
a « laisserait ».
b « bouillis ».
c « ennuiée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
