« 31 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 108-109], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2366, page consultée le 24 janvier 2026.
31 mai [1836], mardi, 2 h. ¾
Cher adoré, vous avez oublié le griffonnage que je vous avais fait avec mon cœur hier
au soir, ce qui prouve combien peu vous prenez garde à toutes les démonstrations
d’amour que je vous fais. Aussi je suis découragée de vous en faire parce quea je sais bien que je suis bête comme une
oie et puisque vous ne m’aimez pas, tout ce que je dis doit vous paraître insipide.
Vous pensez bien, mon cher bien-aimé, que ce n’est pas l’amour-propre qui souffre,
je
n’en ai pas et je n’en aurai jamais devant vous, je vous reconnais pour mon soleil
et
moi pour la laitue plus ou moins pommée qui pousse sous ses rayons. Mais votre divinité une fois dépouillée,
vous n’êtes plus que mon cher petit amant dont j’ai le droit d’être jalouse et Dieu
sait si j’en use. Or, je crois que vous ne m’aimez pas ou si peu que ça ne va pas
jusqu’à avoir le dévouement de lire mes élucubrations[illis.], comme vous dites, eh bien c’est triste et très
malheureux et je suis très à plaindre.
Jourdain est venu tout à l’heure
toucherb ses 50 F. Il attendra pour
la vérification susdite tout le temps qu’il nous plaira.
La portière m’a rapporté
votre gant que vous aviez laissé tomber dans les escaliers. Je lui ai remis 5 F. pour
la peine, on ne saurait trop récompenserc la probité.
Je vous aime,
vilain Toto, quoique vous ne le méritiez pas.
J.
a « parce ».
b « touché ».
c « récompensé ».
« 31 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 110-111], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2366, page consultée le 24 janvier 2026.
31 mai [1836], mardi soir, 7 h. ¾
Cher petit homme chéri, quoique vous soyez le plus dédaigneux des hommes, je vous donne mon cœur, ma vie, ma pensée, mon âme. Prenez-les s’il vous plaît car je n’en saurais que faire si vous n’en vouliez pas. J’ai joliment travaillé aujourd’hui, à peine ai-je eu le temps de me débarbouiller. J’ai un mal de tête sterling. J’ai la tête comme dans un étau. C’est très bête. Je viens de chercher [un ?] journal. Je n’ai pas trouvé le Vert-Vert1. Vous m’avez frustréea du Vert-Vert, vous êtes un scélérat et je n’ai pas besoin de perdre mon temps à vous aimez si vous vous conduisez de la sorte. Je n’ai pas encore dînéb telle que vous me voyez.
1 Le Vert-Vert était un petit quotidien fondé le 5 septembre 1832, spécialisé dans la chronique des spectacles parisiens et la vie littéraire. Il était dirigé par Anténor Joly. Victor Hugo y écrivit plusieurs articles.
a « frusté ».
b « diner ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
