« 7 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 25-26], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11841, page consultée le 26 janvier 2026.
7 avril [1845], lundi, midi ¾
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon bien-aimé ravissant, bonjour, le
plus adorable et le plus adoré des hommes, bonjour, comment vas-tu ce
matin ? Es-tu moins poursuivi par les affaires et par ta pensée ?
Auras-tu un peu plus de loisirsa aujourd’hui que les autres jours ? Je le désire
de toute mon âme mais je ne l’espère pas. Je t’ai nettoyéb et recousu tes gants ce
matin. Ils ne sont pas encore aussi bien que je le voudrais, je crois
que cela tient à la trop petite quantité de lait que m’avait gardé
Suzanne. Cependant, tels
qu’ils sont, tu peux les mettre encore une fois ou deux. Je vais faire
ta tisanec et puis
je m’habillerai. Je me serais dépêchéed davantage si j’avais espéré que tu
me ferais sortir tantôt. Mais pour rester chez moi, cela ne vaut pas la
peine de me hâter. Je n’ai de goût à rien hors de toi. C’est un tort,
j’en conviens, mais il ne m’est pas possible de ne pas l’avoir.
J’ai déjà changé l’eau de mon petit bouquet de violettes et puis quand
il aura exhalé{« exalé »} ma vie. Quand je mourrai, je veux qu’on me les
mette tous sur mon cœur. Je veux emporter avec moi tous les souvenirs
d’amour que tu m’as donnése. En attendant, je les garde bien précieusement dans
mon petit livre rouge1.
Juliette
1 Juliette conserve dans un livre rouge les lettres que Victor Hugo lui envoie chaque année pour leur anniversaire du 16-17 février 1833. Ce « livre de l’anniversaire », comme il est appelé parfois, est un exemplaire des Poesias de Jacinto de Slas y Quiroga publié en 1834, relié pleine basane rouge, dont il ne subsiste que la couverture et les pages de garde, sur lesquelles VH a écrit les premières lettres. Les pages suivantes sont les lettres de l’anniversaire insérées. Il semblerait que Juliette y conserve également ses « reliques », tous les souvenirs et cadeaux de Victor Hugo.
a « loisir ».
b « nétoyé ».
c « ta tisanne ».
d « je me serais dépêché ».
e « que tu m’as donné ».
« 7 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 27-28], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11841, page consultée le 26 janvier 2026.
7 avril [1845], lundi après-midi, 4 h. ½
Je t’aime, mon Toto, je t’attends, je te désire et je t’adore. Je ne sors
pas de là tous les jours depuis le moment où je me réveille jusqu’à
celui où je m’endors. Entre ces choses-là, il y a bien des tristesses,
bien des regrets, bien de l’impatience et souvent bien de l’amertume,
mais il n’y a jamais un moment d’indifférence. Je peux bien souffrir de
toutes les parties de mon cœur, mais je ne peux pas ne pas t’aimer avec
adoration. Dans ce moment-ci, je respire mon petit bouquet pour me faire
illusion afin de me faire prendre patience. Je lui parle, je lui
contea mes
chagrins, il m’écoute et il me répond avec une petite voix douce et
parfumée comme la tienne. Il me dit d’être bonne et résignée et de
garder un visage doux et souriant pour quand tu viendras et je tâche de
lui obéir. Voilà où je suis de ce cher petit dialogue. Je voudrais que
tu intervinssesb en tiers. Je serais la plus heureuse femme de
l’univers.
On a apporté tout à l’heure de chez la penaillon de la rue Dorée des
assiettes et deux compotiers ainsi qu’une bouteille bleue en faïence et
un petit pot au lait. Elle demande 30 francs
du tout. Il y a dix-neuf assiettes intactes.
Les assiettes me plairaient assez parce que j’en ai toujours besoin. Tu
verras si tu peux les acheter.
Il fait un temps ravissant, mon
petit Toto. Probablement tu en profites en travaillant. C’est bien
dommage que tu n’aies pas pu venir m’embrasser dans l’intervalle de
tantôt à ce soir. Cela m’aurait fait paraître le temps moins long.
Juliette
a « je lui compte ».
b « tu intervinsse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
