« 7 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 25-26], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5957, page consultée le 25 janvier 2026.
7 novembre [1844], jeudi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour mon cher petit homme adoré, bonjour vous,
bonjour toi, comment que ça va aujourd’hui ? Moi je vais très bien, à l’insomnie près,
je n’ai presque pas dormi de la nuit, cela tient peut-être à la promenade d’hier.
Il y
avait trop longtemps que cela ne m’était arrivé et cela m’a fouetté le sang ce qui
est
cause que je n’ai pas pu dormir. Voilà deux fois en quatre jours que cela m’arrive ;
dimanche j’ai attribué mon agitation au café que j’avais pris. Cependant je sais que
tous les hivers je suis sujette à ce genre d’ennuis.
Je crains que tu n’aies été
mouillé car Suzanne et Eulalie m’assurent qu’il a plu toute la nuit. Cher
adoré, ce n’est pas le moment de te passer de parapluie. Est-ce que je ne pourrais
pas
me priver de quelque chose moi ? Cherchons ensemble. Et à toute extrémité il vaut
mieux que ce soit Claire qui sort quatre
fois par mois qui s’en passe que toi, mon pauvre adoré, qui sorsa tous les jours. Ça ne serait pas
raisonnable. J’ai envoyé chercher tes gants. Je crois qu’ils t’iront bien. Je viens
d’écrire à Dabat et je lui ai recommandé de
te faire des bottes à ton pied. Ensuite je lui ai rappelé par ordre de datesb et avec toutes les explications
nécessaires tout ce que je lui avais précédemment commandé pour toi. Sans oublier
les
fameuses CLAQUES1 des souliers à liège. Je lui ai dit en outre
d’apporter le plus vite possible les bottes fines, non vernies et les bottes à liège.
Je crois que voilà à peu près tout ce que j’avais à lui dire ?
C’est aujourd’hui
que cette pauvre Joséphine va chez
M. Orfila2.
Dieu veuille qu’elle en rapporte une bonne nouvelle. Ton admirable lettre vaut mieux
que cela.
Cher bijouc bien-aimé,
je t’aime, je t’adore, je te désire et je t’attends. Je t’ai obéi cette nuit : je
n’ai
pas lu. Peut-être que si j’avais lu un peu je me serais endormie tout de suite. Mais
je ne le regrette pas parce que cela m’a laissé le temps de penser à vous et qu’en
définitived, le sommeil,
c’est du temps volé à l’amour. Baisez-moi mon cher amour. Je vous adore.
Juliette
1 Claques : socques protégeant les souliers d’homme des intempéries.
2 Victor Hugo a écrit à M. Orfila une lettre de recommandation pour Joséphine.
a « sort ».
b « dattes ».
c « bijous ».
d « en définitif ».
« 7 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 27-28], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5957, page consultée le 25 janvier 2026.
7 novembre [1844], jeudi soir, 6 h.
Je t’attends, mon Toto, et je t’aime. C’est en t’aimant que je prends patience.
Voime, voime, beaucoup de patience ça fait
peur.
J’ai envoyé chez Dabat qui a
promis de t’apporter tes bottes fines demain. Je lui parlerai et je lui ferai de
nouvelles recommandations sur la mesure de ton petit pied et
sur les souliers claqués1.Eulalie vient
d’aller voir ce qu’est devenue sa sœur que nous attendons depuis tantôt et qui n’est
pas venue. Avec une santé comme la sienne on peut tout craindre et sa pauvre sœur
est
allée savoir chez elle si elle était rentrée.
Je n’ai pas eu le temps de te dire
tantôt qu’une femme du peuple était venue demander à me parler de la part de cette
ignoble Potel. J’ai fait dire par Suzanne que je ne
recevais personne venant de cette part, ce qui a paru beaucoup déconcertera cette femme. Il faut que cette
hideuse créature soit bien hardie pour oser hasarder qui que ce soit chez moi.
J’espère qu’elle se le tiendra pour dit à l’avenir et que je n’en entendrai plus
parler.
Cher bijou, je vous ai acheté moi-même du raisin à mon ancien marchand ;
de son côté Suzanne en a acheté à la halle, ce qui, avec ce qui restait encore, fait
une fameuse provision. J’espère que tu le trouveras meilleur que l’autre. Il m’a paru
très doux et très mûr. Chère âme, je voudrais te donner mon cœur à manger. Je t’aime,
mon Victor, je t’aime, je t’aime. Tâche de venir tout de suite. Je serai bien heureuse
et bien joyeuse pour le reste de la soirée tandis que si tu ne viens pas je ne pourrai
pas m’empêcher d’être triste comme un pauvre chien perdu. Et puis je te baise
encore.
Juliette
1 Souliers recouverts de claques qui protégeaient les chaussures d’hommes contre les intempéries.
a « déconcertée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
