« 3 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 221-222], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11726, page consultée le 24 janvier 2026.
3 juillet [1844], mercredi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour mon adoré. Bonjour mon cher petit
blagueur, vous êtes bien [illis.], n’est-ce pas ? Je ne vous en fais pas mon compliment
mais je vous préviens que les barricades1 seront posées d’ici à deux ou trois jours. En attendant,
j’ai un mal de tête fou que l’odeur de la lavande augmente encore davantage. J’ai
été
obligée, même, de la faire porter dans la chambre de Suzanne jusqu’à que tu l’emportes ce soir. En même temps, on t’a acheté
deux cents pavots. Tout cela, y compris le blanchissage d’aujourd’hui, fera que je
n’aurai plus un sou de reste. Voilà, mon cher bien-aimé, où j’en suis de mes FONDS.
Je
t’en préviens parce que tu le veux ainsi.
Je ne sais pas si je pourrai jamais
trouvera le courage de relire ces
hideux volumes que tu m’as apportés. Tu devrais, vraiment, charger une autre personne
plus robuste que moi de cette corvée assommante. D’y penser seulement, il me semble
qu’il me passe sur la tête une voiture chargée de moellonsb, ce qui n’est pas fort moëlleux ni
très sain en aucune saison et principalement dans celle-ci. Enfin, j’essaierai. Si
je
succombe, je ne veux pas d’autres pierres tumulaires que ces deux pavés monstrueux.
En
attendant, je vous adore.
Juliette
1 Barricades : métaphore pour les règles.
a « trouvé ».
b « moëllons ».
« 3 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 223-224], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11726, page consultée le 24 janvier 2026.
3 juillet [1844], mercredi soir, 9 h. ¼
Je suis éreintée, mon adoré, non pas de la promenade mais du mal de tête. Les yeux me font horriblement de mal, je ne peux pas regarder, on dirait qu’ils vont sortir de leur orbite. Tout cela ne m’a pas empêchée d’être la plus heureuse des femmes tantôt. Merci, mon adoré, merci mon cher adoré, merci, mon beau, mon ravissant Toto, merci, tu m’as renduea bien heureuse en venant me chercher tantôt. Si tu avais pu voir quelle fête c’était dans mon cœur tu aurais été bien heureux toi-même et tu tâcherais de recommencer bien vite. Tu as fait deux heureuses à la fois car cette pauvre Claire ne savait comment exprimer sa joie. Elle me baisait les mains, la robe, le mantelet, tout cela entremêlé d’exclamations à ton adresse : – « Oh ! Que M. Toto est bon ! Oh ! Que je l’aime de t’avoir amenée ! Remercie-le bien pour moi, dis-lui que je l’aime de tout mon cœur ! Etc. etc. » Voilà, mon cher amour, ce que vous avez fait tantôt. Vous voyez que vous n’avez pas perdu votre temps ni vos pas. Mon Victor adoré, sois béni, sois heureux autant que tu es bon et que je t’aime, c’est ma prière de tous les instants. Je baise tes divines mains, je baise ta ravissante petite bouche rose. Je te désire et je t’attends. Tâche que ce ne soit pas trop longtemps. Je t’en supplieb.
Juliette
a « rendu ».
b « suplie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
