« 12 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 139-140], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11703, page consultée le 25 janvier 2026.
12 juin [1844], mercredi matin, 8 h. ⅟₂
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon amour ravissant, bonjour, bonjour, je baise ta
chère petite bouche rose. Je t’aime. Je t’adore. Je pense que je touche au terme de
mes ennuis et que je pourrai bientôt profiter de ton loisir et de ta bonne volonté
à
me faire sortir. Cependant, je ne suis pas encore allée chez Suzanne, je ne sais pas comme elle va1. Justement, voici
qu’on descend de chez elle, elle va bien. Encore quelques jours de patience et
j’espère qu’il n’y paraîtra plus, à moins qu’elle ne fasse trop d’imprudences. Dans
ce
cas-là, je suis très décidée à l’envoyer se guérir elle pourra. Cette fille a le don
de rendre tout ce qu’on fait pour elle pénible et difficile.
Jour Toto, jour mon petit o, je vous adore. Baisez-moi, vous, et soyez-moi bien fidèle ou sinon je vous
fiche des coups. J’aurais bien désiré sortir aujourd’hui, mais, outre que tu n’auras
peut-être pas le temps de me faire sortir, je crains de n’être pas prête. C’est
aujourd’hui le jour de la blanchisseuse et j’ai un affreux tas de linge à préparer
et
à recevoir. Je vais me dépêcher pourtant dans l’espoir de profiter du moment que tu
auras de libre tantôt, si tu l’as. En attendant, je serais bien heureuse si tu venais
baigner tes pauvres beaux yeux. Comment vont-ils ce matin ? Tu devrais, mon cher
amour, acheter cette pommadea et je
te la mêleraisb avec du laudanum
selon les renseignements du médecin. J’y mettrais toute mon attention et tous mes
soins, je voudrais y mettre mon cœur dedans, je suis bien sûre que cela te guérirait
tout de suite. Pauvre amour doux, beau et charmant, je t’aime, je baise tes chers
petits pieds. Pense à moi, désire-moi et aime-moi, je te le rendrai au centuple. Jour
Toto, jour mon cher petit o. Voilà Saint Barnabé qui a donné une rétention d’urine à ce stupide Saint Médard2. Tu peux être tranquille
maintenant pour longtemps. Je te baise et rebaise partout.
Juliette
1 Suzanne, sa domestique, est convalescente.
2 Selon la croyance populaire, saint Barnabé défaisant ce que saint Médard a fait, il cesse de pleuvoir à partir du 11 juin (jour de la Saint-Barnabé), après la pluie de la Saint-Médard (8 juin).
a « pomade ».
b « mélerais ».
« 12 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 141-142], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11703, page consultée le 25 janvier 2026.
12 juin [1844], mercredi soir, 6 h. ⅟₂
Je te désire bien, mon adoré ; est-ce que tu ne viendras pas un peu avant ton dîner ?
Si tu ne venais pas, je sens que je serais triste et que je ne pourrais pas manger.
Je
ne me manière pas, je t’assure, en te disant cela. Ne pas te voir aux heures
auxquelles j’ai la douce habitude de te voir me devient un malaise qui m’ôte la gaieté
et l’appétit. Tâche donc de venir, mon petit homme adoré, à moins que tu ne
tiennesa à faire des économies de
boustifailles et que tu ne veuilles me rendre comme un NIBOU.
J’ai reçu, tantôt,
une lettre de Mme Luthereau. Je suppose que c’est au sujet de la loge que tu leur as
envoyée hier. Je te dirai chemin faisant que Suzanne va très bien ; j’espère qu’elle n’y pensera plus ni moi non plus
d’ici à deux ou trois jours. J’ai fait toutes mes petites affaires et rangé mon linge,
je suis contente mais je serais heureuse si tu venais tout de suite. Dès que je serai
délivrée du soin de MON MÉNAGE, j’aurai bien besoin que tu me fasses sortir ; voilà
trois semaines que je n’ai mis le pied dans la rue et par le temps
[qu’il] faitb
ça n’est vraiment pas très sain. J’ajoute tout de suite que : ÇA N’EST PAS TA FAUTE.
Pauvre adoré, c’est bien vrai, je te rends bien cette justice.
Juliette
a « tienne ».
b « qui fait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
