« 5 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 17-18], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11527, page consultée le 24 janvier 2026.
5 novembre [1843], dimanche soir, 7 h. [¼ ? ¾ ?]
Je pense à toi, mon cher bien-aimé, je te désire, je t’aime : ô oui, je t’aime, mon
Toto adoré, sois-en bien convaincu car c’est bien vrai. Nous parlons de toi, rien
que
de toi, avec ma bonne petite Claire. Nous t’aimons et nous te bénissons. La pauvre
enfant n’a plus guère de temps à rester avec moi. Je vois déjà sa petite figure se
gripper. Cependant je fais bonne contenance et je lui fais entrevoir la quinzaine
qui
luit à l’horizon. Nous admirons le portrait de ton cher petit Toto1 et
l’intérieur doux et charmant de ton pauvre ange. Nous sommes devant ces deux
ravissantes choses en admiration et en dévotion. Nous sommes tout yeux et tout âme.
Claire, dans ce moment, lit les vers d’Ulric2 ; moi, je t’écris, mon Toto bien-aimé, le
cœur plein de reconnaissance et d’amour. Sois heureux, mon amour, du bonheur que tu
me
donnes. Sois fier devant Dieu car tu as sauvé deux âmes : celle de la mère et celle
de
la fille ! Je sens des choses ineffables que je n’ose pas te dire dans la crainte
de
les souiller dans des paroles humaines. Je t’aime plus qu’une femme et je t’aime comme
un Dieu. Je baise tes pieds, c’est-à-dire tes ailes.
Ne tarde pas à venir, mon
Toto chéri. Si tu savais quelle joie et quel rayonnement tu mets dans toute la maison,
tu te dépêcherais à venir. Hélas ! je suis folle, n’as-tu pas tes enfants à rendre
heureux ? Pauvres chers bien-aimés, je les envie mais je n’ai pas la cruauté de leur
ôter leur bonheur. Seulement je te supplie de te dépêcher d’en jouir pour que je
puisse avoir mon tour.
As-tu donné le sachet à Dédé ? Toto a-t-il rapporté du cotignac3 ou du cotignar ou du cotignard ? Tu peux
choisir dans les trois noms celui qui te cotignardiseras le plus. En attendant, je
donne congé à Suzanne pour toute la soirée
et je vais lire le Musée des familles4 à ma
péronnelle. Je voudrais bien me donner le genre de vous baiser sur toutes les
coutures, ça m’irait joliment bien je vous assure. Mais vous ne viendrez pas, vous
n’êtes pas assez bien avisé pour ça. Taisez-vous qu’on vous dit et dépêchez-vous ou
la
place sera prise par les….. ANGLAIS.
Juliette
2 Vraisemblablement des vers du poète Ulric Guttinguer.
3 Cotignac : Confiture épaisse, pâte de coings.
4 Le Musée des Familles, périodique populaire illustré, publia des textes des romantiques, dont Victor Hugo.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
