4 janvier 1843

« 4 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 11-12], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.141, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon cher bien-aimé adoré. Comment va ton fils ? Comment a-t-il passé la nuit ? Bien j’espère et tu en seras quitte pour une affreuse inquiétude momentanée. Il faut recommander à ce cher petit garçon de ne plus faire de ces imprudences-là et le faire surveiller de très près afin qu’il ne recommence pas.
Je ne te demande pas pourquoi tu n’es pas venu ce matin, mon pauvre ange bien aimé, je ne le sais que trop bien : tu as travaillé et veillé ton cher enfant. Aussi, mon cher amour adoré, je me réveillais à tous les instants de la nuit pour te réchauffer, pour te rassurer, pour t’admirer et pour t’aimer, mon pauvre Toto ravissant.
Je te remercie, mon bien-aimé, de la jolie petite chaîne que tu m’as donnée. Je suis la plus reconnaissante des femmes et j’en serais la plus heureuse si tu n’étais pas tourmenté et si je t’avais auprès de moi. Il y a bien longtemps mon cher amour que ce bonheur-là ne m’est arrivé ; pas encore une seule fois de cette année ! Je sais bien que tu ne le peux pas, mon Toto adoré, je le sais. J’aurai du courage et de la patience, mon pauvre amour. Tu verras, mon cher petit homme. En attendant, rassure-toi pour ton petit garçon. Je suis sûre que ce ne sera pas grave. Tu verras que je ne me trompe pas. J’ai en dedans de moi une sorte de divination pour tous ceux que j’aime qui me fait voir tout ce qui peut leur arriver de mal et de bien et je t’assure que mon pauvre petit garçon n’a rien à redouter.
À tantôt mon Toto bien-aimé. Pense à moi, aime-moi et viens dès que tu le pourras. Je t’aime de toute mon âme.

Juliette


« 4 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 13-14], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.141, page consultée le 25 janvier 2026.

Je suis inquiète de ne pas t’avoir vu, mon cher bien-aimé. Je sais bien que je ne te vois pas souvent plus tôt mais alors je n’ai pas le tourment de savoir ton enfant malade. Je donnerais tout au monde pour que tu vinsses tout de suite et pour que tu m’apportasses de bonnes nouvelles. Je suis seule en ce moment-ci. Claire est allée chez son père avec MmeLanvin qui m’a déjà prévenue que M. Pradier ne donnerait 50 francs pour la robe noire que dans le courant de ce mois-ci. Du reste, elles sont parties par un temps hideux, mais je n’ai pas voulu leur prêter ton parapluie dans la crainte que tu ne viennes dans l’intervalle.
Je n’ai pas payé ma blanchisseuse parce que je n’avais pas d’argent et de toute façon je ne l’aurais pas payéea parce qu’elle a égaré un de tes gilets de flanelle qu’elle s’est engagéeb à me retrouver, mais que je lui ferai payer intégralement, dans tous les cas, étoffe et façon. Depuis hier matin je suis sans un sou. C’est Suzanne qui fait la dépense.

11 h. ¾

Ma pendule avance d’une heure mon adoré ! Suzanne vient de reconduire cette pauvre Toinette à l’omnibus dans un état de souffrance hideux. Pauvre femme, c’est vraiment triste de la voir comme je l’ai vue tout à l’heure. Demain matin de très bonne heure Lanvin reconduira Claire à la pension. Mon cher petit bien-aimé, je vais retomber dans ma solitude plus que jamais car te voilà pris dans ces répétitions jusqu’à la représentation de ta pièce. Mais je tâcherai d’avoir du courage, je te le promets.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « payé ».

b « engagé ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.