« 6 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 117-118], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11402, page consultée le 23 janvier 2026.
6 septembre [1842], mardi après-midi, 4 h. ¾
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ou qu’elle s’emplit, dit le
proverbe, c’est ce qui me fait craindre qu’après vous avoir plusieurs fois envoyé
à
Saint-Prix1 quand vous
étiez à Paris, vous n’y soyez allé définitivement aujourd’hui, ce qui ne m’arrangerait
pas du tout. Cependant, je vous ai vu si bien en train de travailler tout à l’heure
que je conserve quelque espoir de vous voir revenir ce soir. Ô mon cher bien-aimé,
fais cela pour ta pauvre vieille Juju qui t’aime tant et tu ne t’en repentiras pas.
Je
suis en train de faire mon ménage comme vous dîtes ; et tout
en vous écrivant je donne un coup de poing au lit, un coup de balai à la chambre,
un
coup d’œil à la servarde qui tâche de faire son
article le plus sommairement possible. Enfin, je mets le
temps à profit le plus que je peux, c’est la seule manière de m’en tirer quand vous
n’êtes plus avec moi pour me le faire passer comme une minute de bonheur et de joie
ineffable.
Je ne suis pas CURIEUSE, mon amour, mais je voudrais bien savoir quel
est le nouveau chef d’œuvre que vous faites dans ce moment-ci2. Je respecte votre défense mais vous
devriez récompenser MA VERTU en me disant un petit bout de ce qui m’intéresse tant.
Je
vous en prierai bien fort tantôt, mon adoré, au risque de me faire rabrouer
d’importance. C’est égal, je me risquerai avec cette devise en tête : QUI RISQUE RIEN
n’a pas de coups de trique. Voilà. Maintenant, baisez-moi, cher petit chinois et ne
marchez pas trop pour ne pas faire revenir le fameux accident du suspensoir qui vous
suspend de toutes fonctions animales, principales et
autres. J’ai mouillé tous les échantillons, pas un ne marque, c’est bon signe et si les autres couleurs ne me conviennent pas et que
la mère Ledon me garantisse la solidité de
ce gris, je me lâcherai la robe tout du long avec
accompagnement de douze ou treize TIGRES A CINQ GRIFFES3Dessina dont je vous joins ici un SPÉCIMEN. Maintenant, baisez-moi encore et n’allez
pas à Saint-Prix QUE JE NE VOUS LE DISE (il fera chaud alors).
Juliette
1 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise. Victor Hugo va donc régulièrement les y rejoindre.
2 Il s’agit des Burgraves, dont Hugo a commencé une première rédaction du Prologue entre fin août et début septembre. La rédaction du texte définitif de la pièce débutera le 10 septembre 1842.
3 « Tigre à cinq griffes » : nom plaisant donné à une pièce de cinq francs.
a Dessin d’un tigre à cinq griffes :

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
