« 26 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 101-102], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12179, page consultée le 24 janvier 2026.
26 août [1842], vendredi soir, 5 [h.]
Eh ! Bien, mon cher petit médecin, depuis que vous êtes parti je n’ai pas cessé de
trimer chez moi, après avoir fait mon gargarisme1
toutefoisa, fichtre, je ne
plaisante pas avec ça. Toujours est-il, que je viens seulement de passer une robe
propre. Bien m’en a pris au reste de fureter partout, car sans cela je n’aurais pas
découvert des turpitudes de ce hideux Fouyou
qui [moisissaient ?] depuis deux ou trois jours dans l’armoire à la
vaisselle. J’ai fait laver et asperger de vinaigre et malgré cela l’odeur persiste
même l’armoire ouverte. Décidément, cet animal est fort incommode dans une aussi
petite maison que la mienne, aussi je voudrais trouver à le donner quand je devrais
causer la mort de Suzanne.
Voici un
temps bien mauvais pour tes pauvres petits campagnards2. A peine
sont-ils partis dans les bois que la pluie et le vent se sont fait sentir. Il faut
espérer que ce ne sera qu’une pluie d’orage car ce serait avoir trop de malheur si
cela devait continuer longtemps. Mais mon Dieu, mon pauvre ange, pourvu que tu ne
sois
pas dans les rues ou dans les champs dans ce moment-ci. La pluie et la grêle tombent
à
torrents. Je ne suis pas tranquille. Me voilà revenue dans les anxiétés de savoir
si
tu es ou si tu n’es pas à Saint-Prix. Je ne peux guèreb me fier à tes promesses puisque sur mille tu en manquesc999. J’ai grand peur pour celle d’aujourd’hui.
Juliette
1 Juliette souffre depuis quelques jours d’un mal de gorge
2 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise.
a « toute fois ».
b « guerre ».
c « manque ».
« 26 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 103-104], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12179, page consultée le 24 janvier 2026.
26 août [1842], vendredi soir, 5 h. ¼
Ce petit papier m’est fort incommode pour toutes sortes de raisons, sans parler de mes paroles tronquées, de mon style, je veux dire mes mots1, encaqués comme des harengs dans un tonneau. Il y en a cependant des plus grandsa dans mon buvard mais comme je suis une Juju très bien dressée, j’attends votre permission pour en prendre. On n’est pas plus Juju que ça comme vous voyez. J’ai une peur de chien que vous ne soyez parti à Saint-Prix et que je me trouve en tête à tête avec mon VEAU ce soir que j’en frémis. Ce serait bien absurde à toi, car, outre la cruauté de me donner un espoir que tu ne réaliserais pas, tu jetterais de l’argent par la fenêtre parce que de ce temps-ci la fricassée ne se conserve pas. Je n’ose pas trop bougonner de la crainte d’être injuste mais j’ai bien peur de ne pas me tromper. J’ai eu assez d’argent pour l’huile, c’était deux sous par livre, moins cher que chez l’épicier. À 15 sous cela m’en a fait pour 15 F. 50 s. d’argent. Je t’ai apprêté ta lampe, je t’ai donné du linge blanc, enfin, j’ai tout préparé comme si j’étais sûre d’avoir le bonheur de te voir tout à l’heure. Dieu veuille que ce ne soit pas peine perdue. Voilà le temps remis au beau. Tant mieux pour les pauvres enfants de Saint-Prix auxquels je pense toujours, soit qu’il pleuve, soit que le soleil reluise. Embrasse-les bien toujours pour moi et puis viens bien vite me SOIGNER. Je suis TRÈS MALADE DE CŒUR. Je vous aime trop mon cher petit homme, voilà ma maladie.
Juliette
1 « Je veux dire mes mots ! » est rajouté entre les lignes. Juliette précise ici qu’elle se réfère à ses mots en disant qu’ils sont « encaqués comme des harengs dans un tonneau ».
a « grand ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
