« 13 décembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 205-206], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8375, page consultée le 26 janvier 2026.
13 décembre [1841], lundi midi
Bonjour mon Toto, bonjour vous que j’aime malgré tout et à cause de tout. Pourquoi
n’êtes-vous pas revenu cette nuit ou ce matin me donner des nouvelles de l’incendie ?
J’espère que vous n’aurez pas eu le front d’aller fourrer votre nez là où vous n’aviez
que faire ? Du reste, j’ai demandé à Suzanne
si elle avait entendu parler du feu ce matin et elle m’a dit que non. Je pense que
vous vous serez trompé. Pourquoi n’êtes-vous pas venu ce matin, méchant homme ? Il
n’y
avait pas d’Académie aujourd’hui et vous auriez pu rester coucher jusqu’à demain midi
si vous aviez voulu. Les jours se suivent et se ressemblent pour moi, vous ne vous
prodiguez pas plus un jour que l’autre. Vous ne venez jamais, c’est plutôt fait. C’est
peut-être commode pour vous mais c’est fort embêtant pour moi. Taisez-vous, vilain
blagueur, taisez-vous.
Il va cependant falloir vous décider pour la lettre de
Mlle Hureau,
parce que je lui écrirai avant jeudi que sa lettre est prête
et que je désire ne la remettre qu’à elle-même à cause des explications qui
l’accompagnent. Je suis fâchée de vous tourmenter ainsi, mon pauvre Toto, mais je
ne
peux plus reculer ni vous non plus. Il paraît d’ailleurs que c’est le moment de
l’avancement pour tous les employés et qu’il faut le saisir sous peine de n’avoir
rien. Aussi, je vais vous tourmenter jusqu’à ce que vous m’ayez donné ce chiffon de
papier1.
Baisez-moi, mon Toto, si
cela ne vous dérange pas. Baisez-moi encore, pour l’amour de Dieu. Là, c’est fini,
à
présent vous pouvez essuyer votre bouche et vous en aller. Vous voyez que je suis
bien
raisonnable et bien discrète et que je n’abuse pas trop de votre fâcheuse
position ?
Juliette
1 Le 25 novembre, la maîtresse d’école a demandé un service à Hugo par le biais de Juliette : sa « protection pour son beau-frère employé à la poste », en laissant « une note explicative de ses antécédents et des droits à la protection et à l’avancement ».
« 13 décembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 207-208], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8375, page consultée le 26 janvier 2026.
13 décembre [1841], lundi soir, 9 h. ½
Merci mon Toto chéri, merci mon amour, de la bonne petite promenade que tu m’as fait
faire ce soir. Cela m’a fait du bien à la tête, au cœur et partout. Merci encore,
merci, tu es un bon et ravissant Toto. Je t’aime, tu es mon pauvre amour.
Je
venais d’écrire à ton bottier en lui donnant rendez-vous
pour demain ou après-demain de 3 à 4 h., en le prévenant que
j’ai à lui parler de ta part1. J’ai dînéa et fait dîner le sieur Jacquot, qui est plus que jamais ingrat et féroce.
Décidément, j’aimerais mieux le pauvre mouton gris que nous
avons vu ce soir…….b2
COMBIEN FAUT-IL ? COMBIEN FAUT-IL ??? Je donne deux sous de bon cœur et tu feras
le reste de l’appoint pour que cet ANGÉLIQUE animal fasse partie de ma ménagerie.
IA IA MONSIRE MATAME, C’ÊDRE UN BERROGUET PIEN
TOUX ET PIEN CHENTIL BOUR MATAME CHI CHI ET SON
BETIT DODO. Toto offre-moi tes dix francs, Toto offre-moi ta main, Toto offre-moi
ton
cœur, tu verras comment j’agripperaic tout ensemble. Toto viensd coucher avec moi, Toto donne-moi une culotte, Toto donne-moi un baiser, Toto donne-moi
ton amour, tu verras avec quelle rapidité, quel empressement et quelle joie je fondrai
sur tout ça. Baise-moi, je t’aime.
Juliette
2 Il s’agit en fait d’un perroquet gris, que Juliette appellera « le oquet gris » les jours suivants, et qu’elle réclamera à Hugo pour remplacer Jacquot.
a « dîner ».
b Les points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
c « aggripperai ».
d « vient ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
