« 21 septembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 237-238], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7980, page consultée le 25 janvier 2026.
21 septembre [1841], mardi après-midi, 3 h.
Oui vous m’avez bien rabrouée tout à l’heure, mon adoré, et cela vous est si peu
habituel d’être brusque et méchant que j’en suis toute effarouchée et consternée
chaque fois que cela vous arrive. Cependant, comme cela vous donne l’occasion d’être
aussitôt après votre méchanceté si bon et si tendre et si charmant que, bien loin
de
la regretter, votre méchanceté, et de m’en plaindre, je la bénis et je la désire plus
souvent. Voilà à quoi aboutit votre férocité. Je n’en suis pas fâchée, ne fût-cea que pour vous donnerb 33 centimètresc de pifd.
À propos, vous avez oublié de me
donner ce que vous voulez que je copie, de sorte que je n’ose pas prendre sur moi
de
commencer au hasard1. J’ai fait acheter du papier tout à l’heure car vous
ne m’en aviez pas laissé un seul petit morceau. Je ne pourrai pas envoyer avant une
heure Suzanne chez l’huissier, car toutes
les allées et venues du marché et de Lambin
sont causes qu’elle commence seulement à faire le ménage à présent. J’espère au reste
que cela ne te contrarierae pas
et que la lettre n’a pas besoin d’être remise à une heure INDIQUÉE PAR LA LOI2 ?
Vous venez de me jeter une fameuse dragée
dans ma geule en me faisant espérer d’aller
chercher mon passeport demain. Peut-être n’est-ce qu’une fausse praline sans le
moindre voyage dedans mais le dessus est déjà joliment doux au cœur et je la lèche
avec confiance jusqu’à ce [que] l’affreuse ou la ravissante réalité
se fasse sentir3. Je sens que je suis bête comme une oie et que je vous
aime comme un éléphant, lourdement mais de toutes mes forces.
Juliette
1 Ces derniers mois, Victor Hugo s’est consacré à la rédaction du Rhin et il vient d’achever son travail, moins la Conclusion et la Préface. La veille, Juliette a commencé la copie de la lettre XXIII du Tome 2, « Mayence ».
2 Peut-il s’agir de la lettre adressée à M. Rampin, l’un des banquiers de Hugo, datée du 21 septembre 1841 ? « À Monsieur Rampin. / Ce mardi, / M. Plon, que j’ai vu hier, Monsieur, s’est chargé de vous dire ce dont j’avais à vous entretenir. Je ferai ce que vous voudrez. La totalité des deux volumes est livrée, et peut paraître immédiatement, si vous le souhaitez. / Soyez assez bon pour me faire savoir, par un mot à la poste, ce que vous aurez résolu ainsi que MM. vos associés. / Agréez, je vous prie, la nouvelle assurance de mes sentiments les plus affectueux et les plus distingués. / Victor Hugo » (Correspondance, Tome IV [années 1874-1885, addendum], Paris, Imprimerie nationale, Albin Michel, Ollendorff, 1952, p. 178).
3 Depuis 1834, le couple a pris l’habitude d’effectuer un voyage de quelques semaines ou mois pendant l’été et le printemps, mais en 1841, Hugo est trop occupé par la rédaction et la publication du Rhin.
a « fusse ».
b « donne ».
c « centimètre ».
d « piffe ».
e « contrarieras ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
