« 25 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 173-174], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4332, page consultée le 24 janvier 2026.
25 août [1841], mercredi soir, 8 h.
Au moment de vous écrire, mon cher petit homme, je m’aperçois que vous ne m’avez
laissé qu’une demi-feuillea
de tout le papier qui était là ; comme la bonne ne peut pas quitter sa fricassée dans
ce moment-ci, je vous écris provisoirement sur cette demi-feuilleb, quitte à vous récrire votre
supplémentc après mon dîner.
Je ne comprends pas, mon cher petit Gribouille, pourquoi vous n’êtes pas remonté
chercher votre parapluie quand vous avez vu qu’il pleuvait à versed. Vous êtes un bête et un imprudent, voilà tout. J’espère qu’on donne Ruy Blas ce soir, ce serait bien affreux de manquer cete admirable beau temps de froid, de pluie
et de noir et surtout d’interrompre la pièce sous aucun prétexte. J’aurais bien de
la
peine à le pardonner au sieur Frédérickf1, fût-il à la mort, fût-il même enterré car
on n’a pas le droit dans aucun cas de couper le plus beau succès du monde pour un
prétexte quelconque. J’espère qu’il y regardera à deux fois avant de faire ça et que
je n’aurai pas le chagrin de voir notre pauvre Ruy Blas égorgé par ce misérable ARTISTE2.
À propos, je viens de lire la lettre de Boulogne. Si
je la comprends, ce que je ne crois pas trop, ce sont de
fameux couards et de fiers cuistres3.
Je t’aime, mon Toto adoré.
Juliette
1 Voir Frédérick-Lemaître.
2 Ruy Blas a été repris à la Porte-Saint-Martin le 11 août 1841, avec Frédérick-Lemaître et Raucourt. Depuis, Juliette ne cesse d’espérer que le temps sera « au laid fixe » pour favoriser l’afflux de spectateurs. Quant à Frédérick-Lemaître, il semblerait qu’il souffre de rhumatismes qui l’empêchent parfois de jouer.
3 Début août, Hugo a envoyé au colonel de la Garde nationale de Boulogne un hymne (composé le 30 juillet) que ce dernier lui avait commandé pour l’inauguration de la statue de Napoléon prévue le 16 août. Malheureusement, le texte jugé politiquement trop tendancieux ne sera ni lu ni chanté et sera publié dans l’édition 1893 de Toute la Lyre. Les sept cordes, I.XXXII.
a « demie feuille ».
b « demie feuille ».
c « suplément ».
d « averse ».
e « cette ».
f « Frédéric ».
« 25 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 175-176], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4332, page consultée le 24 janvier 2026.
25 août [1841], mercredi soir, 9 h. ½
J’ai eu la visite de Résisieux1 qui s’en va seulement à
présent. Elle a assisté à mon dîner et comme de juste elle en a eu quelque petit
rogaton. Du reste, elle m’a raconté que le café du PANAIS-Royal avait fait banqueroute
et que sa tante Judith était sans place, mais qu’elle avait souhaité la fête hier
à sa
maîtresse avec des PIAROMIANIUNS, une cuillère à ragoût, deux couverts avec des
rubansa blancs etc. etc. L’art de
parler et d’écrire correctement paraît avoir fait peu d’impression sur elle depuis
qu’elle va à l’école et je lui en fais mon compliment. Du reste elle m’a dit qu’elle
rencontrait tous les jours dans la RUE AUX FIACRES un petit bossu et qu’elle croyait
toujours que c’était M. Doi : « parce qui lui ressemble, y lui ressemble qu’on dirait
c’est lui »2. Mets ça dans ta poche, MON CHER AMI,
la vérité sort toujours de la bouche d’un enfant. Attrape ça champagne, c’est du lard.
Elle venait aussi pour me demander si j’avais reçu ma lettre d’invitation pour les
prix3…
Ha ! ça, mais, je m’aperçoisb que la petite péronnellec occupe tout mon papier, ce qui est
un peu de trop. J’ai bien d’autre chien à fouetter ma foi, à commencer par vous à
qui
je dis de mettre culotte bas afin que je vous embrasse sur vos quatre joues de tout
mon cœur et de toute ma bouche.
Juliette
1 Voir Besancenot.
2 Depuis 1839, il semblerait que Résisieux et sa sœur Julie appellent ainsi Victor Hugo, pour une raison inconnue (voir les lettres du 14 février 1839 et du 21 février 1839).
3 Comme Résisieux vient d’entrer à l’école, elle va assister à sa première cérémonie de remise des prix le 25 septembre. À cette occasion, elle passera rendre visite à Juliette qui écrira alors : « J’ai eu Résisieux, Jonas, Julie et leur bonne tout à l’heure. Elle venait de la distribution des prix. J’ai enfin vu, de mes deux yeux vu, le fameux tableau à l’aiguille représentant un cheval tenant son domestique par la bride, ce qui ne manque pas d’un certain style comme composition et comme exécution et ce qui a valu à la susdite Résisieux le premier prix de……… mémoire. »
a « ruban ».
b « apperçois ».
c « péronnelle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
