« 29 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 87-88], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9223, page consultée le 27 janvier 2026.
29 avril [1840], mercredi matin, 8 h. ½
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon amour, vous n’êtes pas revenu couronner [l’œuvre ?] ce matin. C’eût été cependant bien bon et bien complet. J’espère que c’est que tu ne l’as pas pu ? Au reste je ne suis pas gâtéea de ce côté-là, le bonheur ne m’est jamais administré qu’à certaines doses incapablesb de me donner une courbature ou une indigestion. J’ai vu le moment hier où toute la joie de notre petite culotte allait se changer en tristesse et en amertume à propos de la chose la plus innocente, la plus simple et la plus rassurante. Cependant le petit refroidissement dans un moment où mon âme ardente se montrait à toi toute nue a été cause que je l’ai remise dans son fourreau tout de suite et que le reste de notre soirée a été comme il a pu : toi avec un sourire forcé, moi avec une tristesse dissimulée. D’ailleurs, je l’ai déjà remarqué, chaque fois que je me livre avec trop de confiance à la douceur de t’aimer ou au bonheur de passer quelques heures avec toi il arrive toujours que j’aiec un mécompte. C’est ce qui me fait dire souvent au moment de parler de mon bonheur ou d’avoir un grand plaisir : CELA VA ME PORTER MALHEUR. Et cela ne manque jamais. Enfin toute froisséed qu’a été notre pauvre culotte d’hier je consens à l’endosser encore aujourd’hui et les jours suivants car ce n’est pas tant de joie ou de plaisir qu’il s’agit que du besoin impérieux d’être avec toi.
Juliette
a « gâter ».
b « incapable ».
c « j’ai ».
d « froissé ».
« 29 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 89-90], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9223, page consultée le 27 janvier 2026.
29 avril [1840], mercredi soir, 4 h. ½
Je voulais ne pas vous donner la lettre d’hier, mon Toto, pour voir si vous
vous en apercevrieza
mais outre que c’était risquer de me faire du chagrin je trouve tout simple que
tu ne penses pas à ce gribouillis quand tu as tant de choses importantes dans
la tête. D’ailleurs je n’ai pas la fatuité de croire que tu attaches la moindre
importance à ce chiffon de papier que je salis tous les jours de mes bêtises et
de mes cuirs non tannés. Aussi je ne me fais pas prier pour t’en écrire des
tas ; je n’ai pas la sottise d’y mettre de la coquetterie et j’ai le bonheur de
ne pas chercher un chagrin inutile. Voici l’heure à laquelle je peux espérer te
voir qui s’avance. Je voudrais que tu fusses arrivé, je dégonflerais mon cœur
qui depuis hier s’estb empli de
tristesse. Si tu étais venu ce matin cela n’aurait rien été, mais tu n’es pas
venu et le petit point douloureux d’hier est devenu presque une plaie
aujourd’hui que beaucoup de douceur et beaucoup d’amour peuvent seuls guérir.
C’est demain que vient Claire, j’ai
envoyé Suzanne chez les Lanvin avec
un bout de lettre pour les prier d’amener chemin faisant la petite Besancenot à la condition, toujours, que
Claire n’aura pas besoin d’aller chez son père. Je te dis cela pour te rendre
un compte minutieux des choses les plus insignifiantes et parmi elles je te
dirai que la mère de Mme Guérard est venue hier pour me voir, voilà
tout ce qu’elle a dit à Suzanne. ÊTES-VOUS CONTENT MONSIEUR ?
Vous aviez
promisc de me donner à
copier et vous ne m’avez encore rien apporté. Je parie que c’est cette
scélérate de Didine qui me coupe
l’herbe sous le pied encore une fois ? Oh ! la scélérate, si cela est je lui
fiche des coups. En attendant je vous ATTENDS et je voudrais bien que ce ne fût
pas longtemps. Je vous aime Toto, je vous adore, mon petit homme. Il n’y a pas
d’autre ANGUILLE sous roche que cette éternelle vérité, quant aux autres elles
sont parfaitement innocentes et depuis longtemps digérées par nous. Je vous
aime.
Juliette
a « appercevriez ».
b « c’est ».
c « promi ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
